Le Jeudi 20 avril 2017 - 17:32

Fin de vie. "En tant que médecin et adhérent ADMD, je souhaite que tout cela change très vite."

Je suis confronté régulièrement à la mort dans mon métier et à la difficulté de mes collègues face à la mort […]

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Un épisode récent me confirme l'important désarroi de mes confrères face à une loi très hypocrite.

Un appel au samu (je suis au moment de l'appel médecin régulateur de samu - 22 ans de métier) d'une infirmière à domicile (HAD = hospitalisation à domicile) en plein désarroi car ne pouvant joindre personne de son service (HAD) ni aucun membre de l'équipe de soins palliatifs au sujet d'un patient à l'évidence en fin de vie pour un cancer très évolué . Il n'est que 17h30...
A ma question prise en charge : HAD ; à ma question traitement : AUCUN !! Seulement si besoin. J'appelle un confrère qui connait le patient et le suit. S'en suit une conversation où je m'entends dire que je ne connais rien à l'HAD ou aux soins palliatifs... Je reçois même un appel d'une infirmière coordinatrice HAD me menaçant de non-assistance à personne en danger. Je refuse la demande de mon confrère médecin du patient de faire hospitaliser sur un brancard toute la nuit aux urgences.
J'exige un lit de soin palliatif terminal. On me rétorque que le patient n'est pas en fin de vie et que je ne suis pas compétent ! 18h00, j'obtiens enfin l'accord pour l'hospitalisation dans un service. 18h30, je prends mon poste comme médecin d'accueil des urgences de nuit.
Je prends moi-même en charge le patient en question et trouve un homme en très grande souffrance avec un rictus qui me marque encore.

Je m'entretiens avec le patient et son épouse... 30 minutes de prise en charge empathique et...pour la première fois une proposition d'antalgie cohérente qui est acceptée aussitôt avec un souffle de soulagement.

Le patient est décédé en paix quelques heures plus tard...

J'ai reçu quelques jours plus tard un message écrit de remerciements profonds de la part de l'épouse, soulagée qu'enfin un médecin prenne la mesure de la souffrance de son mari. Je n'ai jamais reçu aucun commentaire de la part des confrères médecins du patient ni de l'équipe HAD ni de l'équipe soins palliatifs.
Cette histoire humaine me montre (comme des dizaines d'autres auparavant) l'incroyable absence de l'HAD et des soins palliatifs face à la mort !!

Rien ne permet actuellement d'imaginer une évolution cohérente face à cette loi Leonetti 2, symptôme et persistance d'un concept judéo-chrétien de souffrance obligatoire dans la vie pour une "mort paradisiaque". Cette loi est inhumaine pour le médecin profondément humaniste que je suis. Je constate aussi que le problème est essentiellement médical car les soignants, et notamment les infirmières, sont humanistes.

En tant que médecin et adhérent ADMD, je souhaite que tout cela change très vite.

Joël Audrain

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