Le Samedi 29 septembre 2018 - 12:01

Ehpad : «Ma mère a souffert un mois pour rien» - Le Parisien

Attaquée en diffamation par un médecin pour une tribune largement diffusée sur Facebook, Michèle Flechon ne renie rien de son « cri de colère » […]

 

« On m’a élevée ainsi, à assumer ce que je dis et ce que je fais. » Comme un clin d’oeil que Michèle Flechon adresse à sa mère, décédée le 16 juin dernier dans un Ehpad du Jura. Pour avoir dénoncé les conditions de fin de vie de « maman » dans une lettre ouverte sur Facebook, elle fait désormais l’objet d’une plainte pour diffamation et injures publiques de la part du médecin coordinateur de l’établissement. Mais elle assume tout.

« J’ai fait une lettre, il n’est pas question de la renier. Elle correspond à ce que j’ai vécu. Vu l’âge que j’ai, je ne vais pas commencer une carrière d’affabulatrice », explique au Parisien cette femme de 66 ans.

Abréger les souffrances

Début mai, le médecin coordinateur de l’Ehpad Foucherans - Les Opalines l’appelle et l’informe que le pronostic vital de sa mère de 90 ans est engagé. Une gangrène se développe sur une de ses jambes, nécessitant une amputation. Mais compte tenu de l’âge de la résidente, l’opération est exclue. La vieille dame demande une hospitalisation à domicile au sein de l’établissement, qui lui est accordée.

« On m’a certifié que puisque qu’elle voulait mourir dans sa chambre, que tout serait mis en œuvre pour qu’elle ne souffre pas. Que le temps venu, ils mettraient en place le pousse-seringue, une petite machine qui diffuse de la morphine », raconte Michèle Flechon.

« Quand je suis arrivée dans la chambre de ma mère deux semaines après, je l’ai trouvée tellement mal en point et tellement douloureuse, que je me suis dit qu’il faudrait peut-être qu’elle aille à l’hôpital. Elle avait la gangrène qui montait jusqu’au genou. Elle avait juste un patch de morphine et de l’Acupan, un antidouleur. Maman n’était pas sédatée suffisamment », poursuit-elle.

Un message litigieux

Le 4 juin, un mois après que le pronostic vital a été engagé, un événement pousse Michèle Flechon à s’épancher sur Facebook : « Aujourd’hui à 5 h du matin maman baignait dans ses excréments, elle en avait jusqu’au milieu du dos. […] maintenant elle développe des escarres partout, dans le dos, elle hurle de douleur dès qu’on veut la bouger. »

« L’infirmière cadre a clairement exprimé son refus de continuer à voir ma mère souffrir, et elle a mis en place le protocole d’injection, elle a rempli les papiers, prévenu les soins palliatifs, signé la feuille mais il faut la signature du médecin et vous avez REFUSÉ de signer », accuse-t-elle dans cette lettre ouverte au médecin. Dans ce qu’elle appelle aujourd’hui un « cri de douleur » doublé d’un « cri de colère », Michèle Flechon traite le médecin de « salaud », affirme en des termes fleuris qu’il serait lâche et que son refus de mettre en place la sédation profonde serait motivé par une supposée opposition à l’euthanasie.

Dans les jours qui suivent, le médecin incriminé porte plainte auprès du procureur de la République pour diffamation, alors que le message, accessible à tous les utilisateurs de Facebook, est rapidement partagé par plus de 20 000 personnes. Selon la citation à comparaître datée du 28 août que nous avons pu consulter, l’homme de 60 ans juge diffamantes les allégations selon lesquelles il aurait refusé de « mettre en place le protocole permettant de soulager les souffrances endurées par la patiente », ce qui serait contraire au code de la santé publique. Il demande également que le tribunal constate les propos injurieux pour lesquels il se sent outragé.

« Tout a été mis en place »

« Je ne suis pas un intégriste », « je prescris tous les jours de la morphine et des antalgiques à mes patients », objecte aujourd’hui le médecin coordinateur, qui a requis l’anonymat. « Lorsque Madame Flechon dit que j’ai refusé de mettre en place le protocole, c’est faux. La patiente a eu son problème le 7 mai, je l’ai vue tout de suite. Elle a fait l’objet de tous les traitements, tout ce qu’il fallait, tout de suite. Et j’ai contacté tout de suite sa fille, Madame Flechon, et l’équipe de soins palliatifs de l’hôpital Pasteur à Dole. »

Il affirme qu’au sein de l’Ehpad, « chaque résident a son médecin traitant », mais qu’il a provisoirement occupé ce rôle précisément la semaine où l’état de la patiente est devenu préoccupant. « J’ai remplacé son médecin traitant, parti en vacances, pendant deux jours si l’on ne compte pas les jours fériés. » En temps normal, le médecin coordinateur « fait l’interface entre le médecin traitant et la structure », poursuit-il. « Il n’y a pas de relation hiérarchique. »

Le reste du temps, ajoute-t-il, « tout a été mis en place progressivement par le médecin traitant et l’équipe mobile de soins palliatifs ». Selon Michèle Flechon, sa mère n’a obtenu la sédation profonde que le 5 juin, onze jours avant son décès. « Ma mère a souffert un mois pour rien. » Elle affirme, en outre, être en contact avec des proches de patients qui auraient eu aussi maille à partir avec le médecin coordinateur de l’établissement.

Défense tous azimuts

Après avoir attaqué Michèle Flechon pour diffamation, le médecin coordinateur a porté plainte le 8 juin, au commissariat de police de Dole, deux heures après l’appel téléphonique d’un inconnu qui avait des propos « vulgaires et menaçants » à son égard.

« Il a dit clairement à la secrétaire qu’il voulait me frapper et me casser la gueule », a raconté le médecin dans sa déposition. « Il a été identifié. Il vit dans le sud de la France et il est connu des services de police », affirme-t-il aujourd’hui. Suite à cet incident, Michèle Flechon a lancé un appel au calme sur Facebook.

Mais le feuilleton judiciaire ne s’arrêtera pas là, puisque dix jours après la deuxième plainte, le médecin lancera une troisième procédure devant le conseil isérois de l’Ordre des médecins à l’attention de l’une de ses consoeurs. Son tort ? Avoir partagé sur Facebook le message de Michèle Flechon. Malgré les excuses de la généraliste, le médecin a maintenu sa plainte. Cette procédure se poursuivra devra la chambre disciplinaire de l’Ordre des médecins.

Le site LE Parisien

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