Le recul de l’âge de la mort dans un mouvement paradoxal : vivre plus longtemps certes, mais à quel prix ?


Le Lundi 14 février 2022 - 09:00

ADDM

Ce livre divisé en dix chapitres avec une approche très différente les uns des autres, est une collaboration de vingt-deux auteurs, douze psychiatres dont un pédopsychiatre, deux médecins généralistes, un dermatologue travaillant en centre d’éthique clinique, deux anesthésistes, un infirmier juriste en droit de la santé, un magistrat, un enseignant chercheur en droit de la bioéthique et deux philosophes.
La préface donnant le ton, le lecteur pourrait vouloir s’arrêter au premier chapitre…
En effet, dans un livre dont le titre est « Vouloir mourir au XXIème siècle », ce chapitre commence par une citation sur la peine de mort, fait un historique des modes d’exécution, pensant certainement à juste titre, que la guillotine est une nette amélioration de la hache.
Et lorsqu’un psychiatre se lance dans l’appréciation des modalités du dépistage organisé des cancers (pathologies tout de même organiques), sans doute s’agit-il de deuxième degré.
Dans le deuxième chapitre, qui analyse le droit dans la loi sur la fin de vie, je vous le précise tout de suite, nous sommes sauvés, le droit en santé public respecte le droit pénal. Ouf !
Le chapitre 3 exprime dans son titre que le suicide assisté est une aporie, donc sans issue. En référence à l’engagement et au travail des psychiatres dans la prévention du suicide qui « est toujours une demande inconsciente de communication à l’autre », il en va de même dans l’expression d’une demande de suicide assisté. Il existe donc une analogie entre suicide et demande de fin de vie médicalisée. Il est question dans ce chapitre d’autonomie, de libre arbitre et de la répercussion sur le débat intime de notre finitude, de la promulgation par la société d’une loi légalisant une fin de vie médicalisée.
Le chapitre 4 qui analyse « douleurs morales et souffrances psychiques » reprend les mêmes arguments que le chapitre 3.
Juste un mot pour rappeler une nouvelle fois que les chiffres avancés et la manière de les proposer sont « fallacieux » (un trait d’humour pour reprendre l’un des nombreux adjectifs utilisés au chapitre 1) et juste là pour discréditer le travail fait par les médecins et psychiatres belges.
Un grand merci à Vincent Lautard, infirmier, qui nous permet de reprendre notre souffle, avec un chapitre 5 sur Vincent Lambert parfaitement détaillé.
Le chapitre 6 est particulièrement intéressant pour un gynécologue et échographiste (ce qu’est l’auteur de cette critique), sur « mourir avant d’être » et la mise en place des CPDPN (centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal) en 1994. Cela a permis d'avoir une réflexion (enfin !) sur les prises en charge en cas, justement, d’anomalie grave et incurable du fœtus et cette réflexion met les parents au centre du dispositif décisionnel. Cela vous rappelle-t-il quelque chose ?
Le chapitre 7 aborde le sujet du mourir en réanimation et exprime bien l’angoisse des réanimateurs. À quand un accès facile aux directives anticipées ? Et quid du dossier médical partagé qui va encore changer et que beaucoup de Français vont encore refuser ? À quand une consultation à part entière et donc rémunérée, abordant avec le patient le sujet de sa fin de vie et de ce qu’il souhaite dans une discussion anticipée, si possible « en santé » ou tout le moins au cours du projet thérapeutique ?
Le chapitre 8 aborde la place des directives anticipées et leur opposabilité mais sans annuler « l’intelligence  soignante » et surtout, comme le dit Jean Leonetti (auteur des trois lois sur la fin de vie en France), « que cette liberté (de rédiger des directives anticipées) n’empiète pas sur la liberté des autres » (c’est-à-dire les soignants).
Dans le chapitre 9 le centre d’éthique clinique de l’AP-HP (Assistance publique – Hôpitaux de Paris), outre d’expliquer leur fonction, indique à travers quatre cas cliniques les difficultés qui se posent aux soignants et comment ces mêmes soignants vont faire appel à eux. Procédure sans doute longue mais qu’importe du moment que l’éthique est respectée….
Le final en appelle à Socrate et, enfin, pourquoi et comment parler de la mort puisque nous ne savons pas ce qu’elle est.

JD

Publié en décembre 2021 - 24€00
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L'écriture, thérapie pour un deuil confiné

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