Pièce librement inspirée de la tragique histoire de Vincent Lambert.


Le Mercredi 8 décembre 2021 - 15:22

ADMD

Olivier Masson doit-il mourir ? est une pièce de théâtre à voir. Mais c’est aussi un texte écrit par François Hien, auteur, comédien et réalisateur. Un texte intéressant à lire, chez soi, au calme.
Le titre intrigue : Olivier Masson doit-il mourir ? Qui pose la question ? A qui ? Et pour un militant de l’ADMD : pourquoi Olivier Masson ne s’exprime-t-il pas lui-même ?

En fait, quand la pièce commence, Olivier Masson est déjà mort. A la suite d’un grave accident de moto, il se retrouve dans un état pauci relationnel, incapable de communiquer. Muré pendant 6 ans entre la vie et la mort. Il n’a pas laissé d’écrit. Il n’a pas rédigé de directives anticipées. Alors que le combat pour l’arrêt des soins n’aboutit pas, Avram Leca, aide-soignant décide, seul, de lui faire une injection létale. Geste illégal. Nous assistons à son procès. Il est accusé de meurtre avec préméditation.
Vont alors être entendues toutes les personnes concernées. Principalement les acteurs du monde médical : médecin, chef de service des soins palliatifs, orthophoniste, psychologues, aides-soignants. Les représentants du monde judiciaire : juges, avocats, greffiers. Chacun développe ses arguments, justifie son comportement en fonction de ses convictions. Nous sommes emportés dans un mouvement qui va sans cesse d’un discours à son contraire.
François Hien dit avoir souhaité articuler la pièce autour de deux femmes : Bénédicte, la mère d’Olivier Masson, et Laurence, sa femme, qui prétendent chacune, dit l’auteur, détenir la vérité. Mais en lisant les paroles de l’une et de l’autre, difficile de les placer sur un même plan. Nuances de réflexion chez Laurence. Accusations parfois violentes de la mère dans la bouche de laquelle revient sans cesse les mots « tuer, assassiner, meurtre, mise à mort ». Même violence verbale chez son avocat maître Ribaud.
Devant la multiplicité des personnages et des points de vue, nous admirons l’écriture de François Hien qui expose avec clarté une situation extrêmement complexe.

Un texte de théâtre permet un type particulier de lecture : suivre un seul personnage. Le professeur Jérôme par exemple, chef de service des soins palliatifs qui, avec son équipe, a initié le premier arrêt des soins en s’appuyant sur la loi Leonetti. A travers ses paroles, nous découvrons toutes les valeurs sur lesquelles repose le mouvement des soins palliatifs. Fort intéressant…
Deux répliques d’un « militant euthanasie » nous représentent. Elles sont discrètes. Mais peut-être est-il préférable de rester à l’écart de cette bataille familiale, médicale et judiciaire. Nous sommes loin d’un débat apaisé et constructif.
L’œuvre s’inspire de la douloureuse histoire de Vincent Lambert qui a été très médiatisée. François Hien s’est livré à un travail documentaire approfondi mais son écriture s’éloigne volontairement du réel. Il ne prend pas parti, ne juge pas. Il déplie la question dans toutes ses dimensions. La dimension religieuse y est fort présente, de la croyance individuelle respectable aux formes intégristes. La dimension politique n’est pas abordée.
L’auteur, donc, dit ne pas prendre parti. Il a cependant la lumineuse idée de créer le personnage (qui n’existe pas dans l’histoire Lambert) de l’accusé, Avram Leca... La raison profonde de son geste, qu’il invoque, apporte une conclusion inattendue mais très forte. Avram Leca aurait agi à la demande d’Olivier Masson avec lequel il dit avoir réussi à communiquer. Olivier Masson voulait mourir pour libérer sa femme. Olivier, Laurence, un couple qui s’était formé sur la promesse du respect de la liberté de l’autre. Un geste d’amour.
Nous retrouvons, là, la valeur qui fonde notre combat.

Reste à assister à la représentation. Cinq comédiens couvrent tous les personnages. La mise en scène est collective. Une forme actuelle de théâtre faite d’interrogations profondes sur des thèmes d’actualité.

Cette pièce pourrait servir de point d’appui à des « théâtres-débats ». A l’issue de la représentation, organiser une rencontre avec les comédiens, l’auteur, pour y parler théâtre, fin de vie et liberté du choix.

M.V.
 

Publié en novembre 2021 - 14€90
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