Peut-on décider de mourir ?


Le Mercredi 10 novembre 2021 - 14:26

Mes mauvaises filles

Dédiée à la mémoire de Vincent Lambert, cette bande dessinée, œuvre de Zelba, Allemande installée en France, revient sur l’histoire, autobiographique, de deux sœurs qui, en 2006, aident leur mère à mourir, respectant par là sa demande.
Nous sommes en Allemagne en 2006. Ylva et Liv sont confrontées à l’agonie de leur mère, malade des poumons depuis l’enfance et régulièrement soumise à des crises d’étouffement et des séjours à l’hôpital. Cette fois-ci l’œdème pulmonaire n’est plus surmontable, la mère est dans le coma, et le médecin indique aux deux femmes la marche à suivre pour une mort assistée active de leur mère : augmenter la dose de morphine, débrancher le masque à oxygène et laisser, a priori sans conscience de la douleur, la personne s’asphyxier. Un type de pratique à la mesure de « notre » sédation profonde et continue maintenue jusqu’au décès.

Humanisme, humour et amour

Si cette mort assistée est bien l’axe central de l’œuvre, c’est la vie qui submerge la mort : La vie de Bri, la mère, qu’elle-même raconte en « off » – maladie, joies familiales, séparation, dernier amant disparu, disparition dont elle est inconsolable. Cette mère dont la présence aimante et les réflexions, par la magie de la bande dessinée, accompagnent ses filles au long de l’album. Ces deux sœurs différentes, l’une réservée, l’autre sarcastique, qui affrontent unies la situation. Le choix d’un contrepoint avec le remariage du père divorcé, remariage accueilli entre amertume et bienveillance par ses deux filles.
Tout un fil d’histoires et de présences tissé autour de cette mort et une formidable mise en scène graphique des émois, des doutes et de la tendresse qui unissent les personnes face à la mort d’une personne aimée. Les coups de griffe aussi, réservés à l’Eglise…
On laissera la lectrice, le lecteur, apprécier le dessin, à la fois précis et charmant, le scénario très construit et qui semble pourtant couler de source, les inventions graphiques (de l’alternance de la couleur aux passages en gris-bleu liés à l’hôpital), l’imaginaire qui surgit par moment (telle cette truite, Schubert et Courbet convoqués…).
Zelba dit avoir horreur du mélodrame (interview dans Télérama) et cette bande dessinée est tout sauf un mélodrame mais bien plutôt un condensé d’humanisme, d’humour et d’amour. Ce qui devrait nous lier dans et face à la mort.

Une postface à lire

On ne saurait trop conseiller de lire la postface, voire même de la considérer comme une bonne introduction à l’histoire elle-même.
Cette postface est en deux parties, l’une illustre la réception de la nouvelle du décès de Vincent Lambert par la famille d’Ylva/Zelba, c’est l’occasion sur cinq pages d’une bonne synthèse autour de « l’affaire » et au-delà sur la problématique de la mort assistée (panorama des lois dans le monde, argumentaire, etc.).
La deuxième partie revient sur la genèse de cette œuvre : dès 2006, l’autrice souhaite « partager cette expérience », elle n’est pas encore entrée dans le monde de la bande dessinée, cela viendra plus tard avec une dizaine d’albums à son actif, le projet n’avance pas utilement. Puis vient le moment : « Le jour de la mort de Vincent Lambert, après avoir trinqué à son salut, je suis monté dans mon bureau. J’ai regardé la photo de mama et su que le moment était arrivé…Bref, après 13 années d’incubation et 15 mois de réalisation, faire mon travail d’autrice et vous raconter enfin cette histoire. » Les photos de mama, la « vraie », et la famille pour conclure cette œuvre remarquable.
Une histoire qui pourrait être la nôtre par-delà les différences, ce qu’on appelle l’humanisme.

LB

Publié en septembre 2021 - 21€
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