Casimir refuse catégoriquement de finir sa vie dans une institution pour personnes dépendantes. Comment y échapper ?


Le Vendredi 19 novembre 2021 - 09:14

ADMD

 « Nous avons deux vies, la seconde commence au moment où l’on s’aperçoit qu’on n’en a qu’une. » (Confucius)

Cette citation, une parmi toutes celles dont est émaillé ce livre, ouvre au narrateur l’opportunité d’examiner sa propre vie.

Agé de 88 ans, révolté à l’idée qu’il pourrait un jour perdre son autonomie et se retrouver dans un EMS, équivalent suisse d’un EHPAD (ses visites à son ami Alain, qui se trouve dans ce cas, le confortent dans sa conviction), alors qu’il est fermement partisan de l’autodétermination et de la liberté de choisir sa fin, Casimir se met à tenir son journal.

D’un premier janvier au trente et un décembre suivant, il rapporte son quotidien, fait de réflexions philosophiques, par exemple sur l’esprit humain et ses limites, le temps et l’éternité, la difficulté de les définir (par ce qu’ils sont et non par opposition à ce qu’ils ne sont pas) …

Il évoque et interroge ses émotions, ses impressions, aborde à travers ses souvenirs, son enfance, ses rêves, les sujets qui le font réfléchir, se réjouir, se révolter.

Il expose ses centres d’intérêt, l’art, la littérature, la musique, son horreur de « l’art conceptuel » (sa critique de Manzoni est particulièrement …savoureuse).

L’importance de l’amitié est évoquée tout au long de ce journal, ainsi que celle des petits bonheurs quotidiens, la lumière, les nuages, les fleurs, les oiseaux, le lac (il est suisse), les sorties et les visites avec son ami Arthur.

On saisit ainsi, petit à petit, un personnage complexe, attachant, et on le suit avec intérêt.

Au fil des mois, il explicite son indignation devant les obstacles que rencontre le droit de mourir dans la dignité, ce qui pousse au suicide, et donc au recours à la violence (il expose toutes les formes de suicide) pour ceux qui en sont privés.

Il décortique de façon claire la loi suisse et ses insuffisances (ce qui a provoqué le suicide de son ami Alain), et, au fil des mois, et après quelques passages à l’hôpital, bien qu’il ne soit toujours pas atteint de l’affection incurable qui lui permettrait de bénéficier d’une fin digne, (« mon plus grand facteur de risque, c’est mon âge ») il se rend compte que, atteint d’une DMLA, il risque dans la durée de se retrouver dans la situation qu’il ne veut surtout pas subir.

En rappelant la légalisation de l’IVG, il propose de façon détaillée une loi sur l’interruption volontaire de vieillesse.

Il nous rend vraiment sensibles son ressenti pendant ces quelques mois, sa façon de vivre,  et la profonde réalité de l’aide amicale.

Lorsqu’on se retourne sur ce journal, on est frappé de la façon poétique et heureuse dont sont vécus et décrits les événements quotidiens, Casimir ne peut pas laisser indifférent.

Ce livre très dense permet, même à ceux qui sont de fervents partisans du droit de mourir dans la dignité, et qui craignent par-dessus tout d’avoir à vivre dans la perte d’autonomie, de comprendre en profondeur cette angoisse, le besoin de se retourner sur sa vie pour la juger, et de décider de prendre en main sa fin.

« Prends ton pinceau, prends tes couleurs, peins le paradis, et entre. »

C’est par cette citation de Nikos Kazantzakis que ce journal se termine, et pousse encore à la réflexion.

FR

Publié en octobre 2021 - 23€50
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