Le Lundi 3 avril 2017 - 18:05

Euthanasie. "Je suis membre de l'ADMD et catholique pratiquante."

Il est indispensable de faire évoluer les choses, parce que la souffrance ne peut pas toujours être soulagée […]

Croyante

Ma marraine est décédée à 45 ans d'un cancer généralisé.
Sa fin de vie, ses souffrances, ma maman ne voulait pas les subir : "Promets-moi, me disait-elle, de ne jamais me laisser comme ça...". 3 ans plus tard malheureusement, c'est à elle que l'on a diagnostiqué un glioblastome. Lorsque l'on a découvert sa tumeur, qui ne laissait plus aucun espoir d'avenir, elle a été opérée pour tendre vers un certain "confort"...
Mais l'opération a entraîné des conséquences sur ses capacités de raisonnement et elle n'a pas pu porter sa demande d'une fin de vie dans la dignité, vers un autre pays où on l'aurait accompagnée selon sa volonté. J'ai demandé aux médecins de ne pas engager le protocole de chimiothérapie. On m'a reproché de vouloir percevoir l'héritage plus vite.

Au mois d'août, après un énième malaise, elle a été hospitalisée en soins palliatifs. Si les soignants ont des vacances et sont remplacés par des personnes manquant de temps et de formation, la maladie, elle, n'a pas pris de congés. Ce passage a été terrible. Personne ne l'a aidée à se nourrir ce qui l'a laissé sans manger pendant un repas et certainement d'autres si je n'étais pas intervenue, il y avait des horaires pour changer les protections pour incontinence peu importe l'inconfort...

Face à ces scandales j'ai mis en place une hospitalisation à domicile. La maladie a rapidement gagné du terrain. Hémiplégie, incapacité à s'exprimer, sonde urinaire, alimentation et hydratation par poches, escarres, étouffement... Sa souffrance a été terrible. Il y avait heureusement des soignants très humains pour l'accompagner et nous soutenir. Mais aucun n'a voulu abréger ses souffrances, par peur des conséquences que pourrait avoir leur geste dans notre pays. A l'agonie, seul mon médecin traitant m'a proposée de débrancher l'alimentation et l'hydratation. A 26 ans, j'allais devoir porter toute ma vie la culpabilité de ce geste qui la condamnait à mourir de faim et de soif. J'ai choisi d'endosser cette responsabilité par amour pour elle et par respect pour ses convictions. Et cette nuit-là, Maman m'a fait le plus beau des cadeaux: elle s'est éteinte pour que je puisse vivre sans porter le poids de sa mort.

Depuis, je suis membre de l'ADMD... même si je suis catholique et pratiquante ! Le 18 mars j'étais à la marche citoyenne et au Cirque d'Hiver. Il est indispensable de faire évoluer les choses. Parce que les soins palliatifs ne sont pas ce que l'on veut nous faire croire. Parce que la souffrance ne peut pas toujours être soulagée. Parce que la loi Leonetti est une loi de torture.

Aujourd'hui je veux m'adresser à l'Etat: "Promets-moi de ne jamais me laisser comme ça..."

Mélanie Roublet

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