Le Lundi 13 avril 2020 - 10:43

La grande solitude des personnes âgées...

Je pense aux personnes qui, comme moi, ont une mère, un père, un frère, une sœur en Ehpad.

;

La toute puissance de l’Homme sur terre a ses limites. Nous nous heurtons, à l’échelle planétaire, à quelque chose dont la puissance est bien supérieure à la nôtre. Nous découvrons notre vulnérabilité. Personne ne connait l’issue ni la durée de la crise. Les plus grands experts incitent à la modestie et à l’humilité.

Dans cette tourmente vertigineuse, je pense à la grande solitude des personnes âgées.

Je pense aux personnes qui, comme moi, ont une mère, un père, un frère, une sœur en Ehpad. Ma sœur ainée est entrée en Ehpad dans la précipitation, sans que nous puissions l’accompagner, sans que nous puissions la préparer. Il fallait libérer son lit à l’hôpital où elle était entrée avant l’épidémie. Changement brutal. Désorientée, coupée brutalement du monde, ce monde dont elle ne comprend pas ce qui le brise. Avec, comme seul lien, celui de nouveaux soignants qu’elle ne connait pas. Pas de contact avec les autres résidents. Les résidents sont confinés, certains osent dire cloîtrés dans leur chambre. Coupés de leur famille, elle-même désemparée. La douleur de cette dernière est immense.

Je pense aux personnes âgées qui ne pourront pas être soignées, si le virus les surprend car elles ne supporteraient pas, dit-on, le choc d’une réanimation. Qui va accompagner leur fin de vie ? Impossible de leur tenir la main. Ce dernier geste, si important, avant la séparation. Le moindre contact physique n’est plus possible. Même la présence physique du proche est difficilement possible. Combien de personnes âgées vont mourir dans une grande solitude ? Combien vont mourir de désespoir ?

Je pense aux personnels soignants des Ehpad, personnels en première ligne, mobilisés, qui assurent vaillamment leur fonction, devant taire leur propre peur d’être contaminés, de contaminer leur famille, de contaminer les résidents. Je pense à leur grand courage, obligés d’assister impuissants à la détresse physique et psychique de certains résidents.

Je pense aux aides-soignants, aux aides-soignantes, aux aides à domicile majoritairement féminines, aux infirmières et infirmiers à domicile. Dans ce contexte d’épidémie, on prend enfin conscience de l’importance vitale de leur métier. On prend enfin conscience que ce sont leurs métiers qui, dans la tourmente, font tenir la société. Ce sont elles aussi, les héroïnes ; ce sont eux aussi, les héros.

Je pense que c’est maintenant, urgemment qu’il faut penser à elles et agir pour elles.

Martine Viet
Déléguée de l'ADMD pour l'Aisne

- À DÉCOUVRIR -
Fin de vie : coronavirus et réveil des consciences...

Lettre ouverte d’un adhérent de l’ADMD au journal Le Monde.

Demande de documentation
S'enregistrer
S’inscrire à la newsletter
Nous souhaitons utiliser les données à caractère personnel que vous nous fournissez via cette inscription, notamment pour vous envoyer notre newsletter. Lisez notre politique de confidentialité pour connaître l’ensemble des informations sur notre usage de vos données à caractère personnel.