Le Vendredi 8 février 2019 - 13:22

Fin de vie : la sédation profonde de mon frère aura duré 30 heures...

Témoignage sur la fin de vie de mon frère adressé à Jean Leonetti, co-rédacteur de la loi sur la fin de vie.

ADMD

 

En votre qualité de rédacteur de la loi « Leonetti-Claeys » du 2 février 2016, je me permets de vous faire parvenir le témoignage relatant la sédation profonde et prolongée qu’a subie mon frère Jean-François. 

 Âgé de 75 ans, très diminué physiquement par une fibrose pulmonaire, mais parfaitement lucide intellectuellement, mon frère souffrait d’une sévère insuffisance respiratoire qui l’obligeait à porter depuis des mois, jour et nuit, des lunettes à oxygène. Sans espoir de guérison, il a souhaité mettre un terme à ses souffrances dans un établissement de la région parisienne le 11 décembre 2018. Si vous le souhaitez, vous trouverez ci-joint le récit détaillé de ses derniers moments. J’en rappelle en quelques mots les faits marquants.

Environ une demi-heure après le début de la sédation, le médecin a arrêté l’insufflation d’oxygène. Mon frère semblait endormi, mais pour les proches, cet acte signifiait la fin de vie. On savait que le décès prendrait un « certain temps »...

Le lendemain, plus de 20 heures après sa perte de connaissance, mon frère, visage déformé, respirait encore. J’ai souhaité rencontrer alors le médecin en charge de la sédation pour lui demander d’accélérer cette inutile et désespérante agonie. Il m’a reçu, a écouté mes remarques mais n’a pas donné suite à ma demande. Le décès a été officiellement constaté plus de 30 heures (!) après l’injection des produits antalgiques et sédatifs.

Le témoignage que j’ai rapporté à ma famille et mes amis, dont deux médecins, a suscité l’unanimité : le prolongement de la « vie » dans ces conditions n’a pas de sens. Ni pour le patient, ni pour les proches, ni pour l’équipe médicale. 

Je n’attaque pas ici le médecin qui a permis à mon frère de mettre fin à ses souffrances. Il a respecté  j’imagine les directives de la loi, peut-être avec son interprétation personnelle. Mais interrogeons-nous encore sur les conditions de fin de vie, sur l’euthanasie et le suicide assisté, deux mots qui agressent bien des consciences. Deux actes absents dans la loi actuelle. Si elle a permis des avancées incontestables, elle reste à mon sens au milieu du gué. Pour avoir assisté mon frère dans ses derniers instants, j’ai douloureusement pris conscience qu’elle nécessite d’indispensables amendements pour permettre de rejoindre l’autre rive. Dans le respect de tous.

Je forme le vœu que ce modeste témoignage soit retenu lorsque de prochains débats s’ouvriront sur cette énigme vertigineuse qu’est la fin de vie.

Je vous prie de croire, Monsieur le Maire, en l’assurance de mes respectueuses salutations.  

Henri Vidal

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