Le Lundi 30 mars 2020 - 12:44

Fin de vie : coronavirus et réveil des consciences...

Lettre ouverte d’un adhérent de l’ADMD au journal Le Monde.

Madame, Monsieur,

Je me permets de vous adresser ces quelques observations, en espérant que vous pourrez leur donner un écho.

Parmi les constats les plus tragiques partagés par les soignants et plusieurs observateurs dont Le Monde a publié les analyses, il est de plus en plus souvent nécessaire, à cause du manque de moyens matériels, de faire un tri entre les patients qui « mériteront » une réanimation et les autres. Je n’ai pourtant jamais vu apparaître la question qui en découle logiquement et qui, vu mon âge, me préoccupe personnellement : que fait-on de ces autres ? Les abandonne-t-on à leur triste sort en les laissant agoniser jusqu’à leur mort « naturelle » ? Quand on sait que cette agonie par asphyxie est parmi les plus atroces, ne pourrait-on demander à ces patients (sans jamais les y forcer, bien sûr) s’ils ne préfèrent pas qu’on leur procure une fin de vie douce et rapide ? Ne pourrait-on autoriser officiellement alors les médecins à pratiquer cette assistance au suicide (à ne pas confondre avec une euthanasie dont ils porteraient seuls la responsabilité) qui leur est aujourd’hui encore formellement interdite par les lois françaises ?

Ce que révèle, entre autres choses, la situation tragique où nous jette brusquement la pandémie, c’est ce que l’on pourrait appeler le réveil des consciences. Jusqu’ici on pensait avoir presque complètement exonéré les médecins des cas de conscience liés à la fin de vie - par des principes très simples et grâce à tout l’outillage technique permettant de les appliquer. « Je prolongerai votre vie, disaient-ils aux malades, tant que la science et les techniques me le permettront, et votre avis m’importe peu ». Ces moyens techniques étaient supposés suffisamment abondants et puissants pour être appliqués à tous les patients sans distinction. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et les médecins se trouvent donc confrontés à la redoutable responsabilité de devoir trier leurs malades en fonction de critères mal définis mais en absolue contradiction, en tout cas, avec l’éthique qui les guidait et les protégeait à la fois. Du même coup, c’est aussi la conscience des patients qui se trouve réveillée et à laquelle on doit faire appel. Elle ne jouait, jusqu’ici, aucun rôle : on les soignait jusqu’à la mort, sans leur demander ce qu’ils en pensaient. Le moins que l’on puisse faire désormais pour respecter leur dignité et leur liberté d’êtres humains qui ont pratiquement perdu tout espoir de guérir est de leur proposer l’alternative entre une agonie « naturelle » et un suicide assisté, dans la sérénité et le respect de leur liberté de conscience.

Jean-Claude Larrat
Professeur honoraire des Universités

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