Le Dimanche 8 novembre 2020 - 09:44

Visite en Ehpad : la fille d'une résidente dénonce des conditions "de parloir de prison" - L'Est-Républicain

"On décide tout pour eux." […]

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Une visite toutes les trois semaines seulement, de 30 mn pas plus, séparée par une table de 2,50 m et une vitre de plexiglas… Christine Borde s’indigne contre les conditions imposées à sa mère Marcelle et, en général, à tous les résidents en Ehpad depuis l’annonce du reconfinement. « Inhumain ! »

Au bout du fil, la voix s’étrangle. Voilà 20 mn pourtant que Christine Borde énonce les faits d’une voix posée, et les motifs de son indignation d’un ton neutre. Mais, quand vient le moment d’évoquer le coup de fil reçu par sa mère la veille au soir, Mme Borde se laisse submerger par l’émotion. « Elle était tellement, mais tellement contente de m’avoir vue dans la journée, qu’elle ne cessait de me remercier ! C’est dire à quel point ça lui avait manqué. Alors même que les conditions de la visite sont insensées ! »

Christine Borde, céramiste à Nancy, a dû se résoudre à placer sa mère en Ehpad à Gerbéviller, il y a tout juste un an. Du fait d’une maladie de Parkinson galopante. « Et quatre mois plus tard seulement tombe le confinement. Soit, pour les résidents de maison de retraite, trois mois enfermés dans leurs chambres. » En lieu et place des deux à trois visites que Christine lui rendait chaque semaine. « Ça n’a pas été sans impact, ni sur sa santé physique, ni sur sa santé psychique. Comment voulez-vous qu’il en soit autrement avec trois mois sans stimulation du cerveau ? »

« Le personnel était mortifié »

Mais voilà que le reconfinement reprend. « Avec le calvaire qui l’accompagne. » Certes, en renvoyant les Français à leurs foyers il y a une semaine, le président Macron a bien précisé que, cette fois, les visites resteraient autorisées dans les Ehpad. « Mais dans quelles conditions ? Parce qu’il faut le vivre pour le comprendre  », s’insurge la céramiste.

Bref, un parloir de prison ! Vous trouvez ça humain ? Le personnel de l’établissement en était mortifié en nous y accueillant.
Christine Borde

 

« D’abord, seuls quatre créneaux de visite sont ouverts par jour. » À répartir entre les 80 résidents de l’établissement. « J’ai calculé que ça ne permettait pas plus d’une visite toutes les trois semaines ! Pas plus de 30 mn. Et attendez que je vous décrive la scène : on entre dans une pièce, ma mère est installée au bout d’une table, moi à l’autre bout, 2,50 m nous séparent, et au milieu se dresse une vitre de plexiglas. Bref, un parloir de prison ! Vous trouvez ça humain ? Le personnel de l’établissement en était mortifié en nous y accueillant. »

Parce qu’il n’est pas question, pour Mme Borde, d’incriminer l’établissement de Gerbéviller, qu’elle considère « génial ». Mais bien de critiquer les injonctions d’un système qui « cloître sans s’interroger ».

« Laissons leur le choix ! »

Quelle solution prescrirait-elle alors, sachant qu’un virus entrant dans ce type d’établissements garantit la formation d’un cluster meurtrier ?

« Hé bien peut-être qu’on pourrait leur demander ce qu’ils veulent, à nos anciens ? Une fin de vie plus longue mais condamnée à l’isolement ? Ou une fin de vie risquant d’être abrégée par cette maladie (sans faire n’importe quoi non plus, bien sûr !), mais avec la possibilité de recevoir l’affection des leurs ? Alors, on séparerait les uns des autres. Examinons enfin la balance risques/bénéfices. Après tout, ce ne sont pas des sous-citoyens. On décide tout pour eux. Et c’est totalement inhumain. »

Le site de l'Est-Républicain

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