Le Dimanche 2 février 2020 - 18:48

Mourir dans la dignité : "Si j’avais cette liberté, je partirais peut-être demain…" - L'Est-Républicain

Témoignage d'une militante de l'ADMD […]

k

Depuis son lit où elle passe désormais tous ses jours, Bernadette Parance, 85 ans, ne décolère pas contre le gouvernement « qui ne se décide pas à revoir la loi bioéthique sur la fin de vie ». Elle réclame le droit de partir quand elle veut. Ultime combat d’une militante aguerrie.

La trace est bien conservée de ses luttes passées : des affiches partout aux murs de son salon, jusqu’au-dessus de son lit médicalisé dans ce petit pavillon des hauteurs de Malzéville. Ici le Larzac, au chardon ardent. Là, le bleu de l’Onu, dont un soldat brise en deux un fusil. Sur la porte un vibrant hommage à l’écologie. « Vous comprenez, après mes deux divorces, il a bien fallu m’occuper. Alors je me suis lancée dans le militantisme. Un amant exigeant, c’est vrai, mais aussi totalement satisfaisant ! »

Bernadette Parance, prof d'anglais trente ans durant, fut de tous les combats, ou presque. Pacifiste, écologiste de la première heure, féministe aussi qui consacra de multiples week-ends à Paris pour y entendre la voix de Gisèle Halimi.

Et aujourd’hui âgée de 85 ans, elle se voit contrainte d’en mener un nouveau. Qu’elle espère bien le dernier : le droit de mourir dans la dignité.

Voilà des mois que Bernadette ne peut plus quitter son lit. « L’accident idiot : une nuit, je suis tombée au milieu de mon salon. Des fractures. La rééducation n’a pas suivi. Résultat, je ne peux plus marcher du tout. » Il faut ajouter à cela des douleurs aux épaules qui limitent grandement l’usage de ses bras et le port d’une canule à la gorge pour faciliter sa respiration, mais qui entrave son élocution. «  Ça, ce n’est pas le plus grave. Rester condamnée à ce lit, ça, ça l’est. Moi qui adorais tellement marcher ! Être dépendante de gens qui viennent me soigner et faire ma toilette, endurer les douleurs, c’est l’horreur ! »

J’adore la vie… mais pas celle-là

Le paradoxe lorsqu’on est amené à croiser Bernadette, c’est de réaliser à quel point la vitalité bouillonne encore en elle, dans ses enthousiasmes autant que dans ses fureurs. Ce dont elle ne fait pas mystère : « J’ai toujours adoré la vie. Et j’enjoins vraiment les jeunes à en tirer bon parti à chaque minute qui passe. J’adore la vie, oui… mais pas celle-là ». Celle-là, celle à laquelle ses jours se sont désormais réduits, elle veut pouvoir la quitter quand bon lui semblera. « Et pour être honnête, si j’avais cette liberté, je partirais peut-être dès demain ».

Elle nous en décrit d’ailleurs la scène comme si elle y était déjà : « Je les réunirais tous, mes filles, mes petits-enfants. Je leur dirai bisou-bisou, je prendrai ce qu’il faut et voilà. Pour mes cendres, c’est déjà convenu avec l’un de mes petits-fils qui ira les disperser au large de Saint-Jean-de-Monts, en Vendée, où j’ai passé de magnifiques vacances autrefois ».

Mon chien mais pas moi ?

Mais cette liberté-là, Bernadette ne l’a pas. Et n’en décolère pas. Militante désormais de l’ADMD, Association pour le droit de mourir dignement, elle a donc pris les armes depuis son lit, accumulant brochures, courriers, coupures de journaux, rouspétant contre les télés et radios trop timorées d’après elle sur la question.

Sur des pense-bêtes, on repère les noms du sénateur Husson, de la députée Fiat et autres personnalités politiques qu’elle compte interpeller bientôt : « Parce qu’il n’y a pas d’autre choix : ce sont les gens de la base qui doivent aller secouer les politiques pour les pousser à faire évoluer la loi bioéthique sur la fin de vie ! Et me donner enfin le droit de partir quand je veux ! Quand mon chien a trop souffert, je l’ai emmené chez le véto pour qu’il puisse partir en toute quiétude. Pourquoi refuse-t-on à l’homme, à la femme, ce droit qu’on accorde à l’animal ? »

La question n’appelle pas de réponse dans la lumière d’après-midi inondant son salon. Une réflexion lui vient néanmoins à l’esprit qu’elle répète à l’envi : « Ma consolation, c’est que les gens bêtes et méchants, eux aussi, finiront un jour par mourir ».

La suite sur le site de l'Est-Républicain

- À DÉCOUVRIR -
Aide à mourir. Thierry Beaudet : "Il faut en débattre au nom de la dignité" - Europe 1

"L'aide active à mourir, un débat nécessaire"

 

Demande de documentation
S'enregistrer
S’inscrire à la newsletter
Nous souhaitons utiliser les données à caractère personnel que vous nous fournissez via cette inscription, notamment pour vous envoyer notre newsletter. Lisez notre politique de confidentialité pour connaître l’ensemble des informations sur notre usage de vos données à caractère personnel.