Le Samedi 6 juin 2020 - 08:49

“Je ne suis pas un animal, je ne suis pas en prison” : les résidents des Ehpad, grands oubliés du déconfinement - France 3

On ne les entend presque pas, tant leurs voix sont faibles […]

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Mais depuis trois mois, ils n’en peuvent plus. Ils n’en peuvent plus d’être traités comme des objets fragiles, ils veulent à nouveau vivre, sortir et discuter. "Je ne comprends pas", paroles de résidents d’Ehpad.

Bien sûr, peu d’entre eux communiquent sur les réseaux sociaux. Ils n’ont pas WhatsApp, pas même Facebook et encore moins TikTok. Le téléphone… pas forcément leur truc non plus.

Pour les joindre, il faut s’armer de patience, braver le personnel qui parfois répond à leur place, parler un peu plus fort que d’habitude et surtout écouter.

Je veux aller manger chez ma fille pour la fête des mères.

Nicole 81 ans. Elle ne veut pas que son nom apparaisse, ni même sa ville. Tout ça lui ferait des ennuis et puis après tout, ils sont plutôt gentils dans l’établissement varois ou elle séjourne.

Tout est propre et sa chambre est plutôt spacieuse. Un lit, le meuble de sa télé, la photo de son mari et de ses deux filles et puis son fauteuil en cuir.

Oui, mais voilà : depuis le 11 mars dernier, Nicole n’a pas vu grand monde. "Si, si je voyais les assistantes de vie de la maison de retraite. Pas facile de les reconnaître. Elles portent toutes des masques".

Le matin on lui dépose son petit déjeuner, puis on vient reprendre le plateau. Et c’est pareil le midi et le soir. Une vie calme, rythmée par la télé ou la radio, parfois même les deux en même temps.

"Je n’ai plus que ça, je ne peux plus lire ma vue a tellement baissé. Moi j’en ai marre. Je veux sortir maintenant. Je veux aller manger chez ma fille pour la fête des mères. Si ça continue je vais mourir de dépression", souffle Nicole.

Mourir de dépression. Les Petits Frères des Pauvres expliquent dans un rapport paru le 4 juin que le confinement a généré́ un impact négatif sur la santé morale pour 41 % des personnes âgées et 31 % sur la santé physique.

"Ma coiffeuse, elle n’a plus le droit de passer. J’ai les cheveux tellement longs que l’on pourrait faire des couettes", s’exclame Nicole.

Je n’ai plus de bol d’air

Jusqu’au mois de mars la vieille dame allait se promener avec ses enfants en bord de mer.

Mais depuis trois mois, elle n’a pas parcouru plus que les 100 mètres de son couloir. C’est tout. Sa capacité de marche est aujourd’hui grandement diminuée. Elle peine même à utiliser son déambulateur.

Le personnel soignant ouvre bien un peu, tous les jours ou presque, la fenêtre de la chambre. Mais le beau jardin de la résidence est encore condamné. Pas de printemps et peut-être pas d’été non plus pour Nicole.

Quant aux conversations avec ses filles, maintenant autorisées dans l’établissement derrière du plexiglas, la vieille dame est presque amère.

"C’est au milieu du hall. Tout le monde nous entend. Je ne peux pas dire ce que je veux. Nous n’avons aucune intimité".

Pour la fête des mères l’Ehpad n’a pas répondu à la demande de Nicole. Sa fille cadette compte malgré tout venir lui apporter un bouquet de fleurs. Mais cela risque d’être compliqué car la demi-heure de visite hebdomadaire permise par la maison de retraite n’est pas possible le week-end.

"Je viendrais quand même, assure la quinquagénaire. Qu’est-ce qu’ils vont me faire ? M’arrêter, me passer les menottes parce que j’offre des fleurs à ma maman ?"

Derrière un immense grillage, comme un animal en cage

Voici Denise. Presque 90 ans. Elle a bon pied bon œil et se déplace parfaitement bien toute seule. Elle est belle comme un cœur. La belle histoire s'arrête là.

Sa fille, elle la voit derrière un double grillage, une fois par semaine depuis le déconfinement.

"Je ne suis pas un animal, je ne suis pas en prison. Je ne comprends pas", raconte Denise.

Au début la vieille dame "accueillait" sa fille dans le hall, derrière une lourde paroi de verre. Impossible de se comprendre, de s’entendre. Alors c’était l’agacement. Comme une envie de tout arracher.

"Ça m’énerve. Je n’entends rien. Je ne suis pas malade, je suis juste âgée".

La peur de mourir n’effraye pas la nonagénaire. Ce qu’elle veut, c’est voir ses petits-enfants et ses arrières petits-enfants. "Ils éclairent mes journées. Ça va durer encore combien de temps d’être enfermée ?"

Personne ne le sait. Depuis le 5 juin, les Ehpad peuvent autoriser les visites de deux membres de la famille en même temps, pour un temps donné en chambre, un peu plus dans les parties communes. Les mineurs peuvent aussi venir, mais obligatoirement masqués. Les sorties ne sont pas encore au programme.

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