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Ce qui se passe en tchéquie
 
Les milieux religieux de Prague s'opposent à la réduction des peines contre l'euthanasie

En décidant au début du mois de décembre de faire de l'euthanasie un crime de moindre gravité que le meurtre et de réduire la peine passible à six ans de prison contre vingt, les députés tchèques ont provoqué une polémique telle que le pays n'en a pas connu depuis longtemps.

Chaque jour, la presse livre les opinions des adversaires et des partisans de l'euthanasie, le monde médical se déchire. Vendredi 9 décembre, une semaine après le vote d'un amendement au code pénal, les représentants des religions juive, chrétienne et musulmane ont publié une déclaration commune dénonçant la "légalisation de l'euthanasie" .

Traditionnellement prudents dans un pays où la sécularisation est la plus avancée au monde, les évêques des Eglises catholique et protestantes, le grand rabbin de Prague et le président de l'Union des communautés musulmanes ont décidé, pour la première fois dans l'histoire tchèque, d'intervenir ensemble dans un débat de société. Le cardinal Miloslav Vlk, le président du Conseil des Eglises réformées, Pavel Cerny, le rabbin Karol Sidon et le musulman Vladimir Sanka ont appelé les sénateurs et le président Vaclav Klaus, qui dispose d'un droit de veto, à empêcher l'adoption définitive de l'article dans le nouveau code pénal devant entrer en vigueur en janvier 2007.

Le chef de l'Etat avait déclaré, la veille devant des étudiants, qu'il "hésitait sur le bien-fondé" de cet amendement. A une étudiante qui lui recommandait d'autoriser l'euthanasie, M. Klaus a répondu : "Prolonger la vie de certains malades n'est sûrement pas la solution, mais il est nécessaire de savoir qui demande l'euthanasie, qui la réalisera et dans quelles conditions." Selon un sondage, 69 % des Tchèques sont favorables à l'euthanasie.

"En créant une catégorie spéciale de crime pour l'euthanasie, le code pénal ouvre la voie de sa pleine légalisation" , estime le professeur d'éthique Petr Prihoda. "C'est la boîte de Pandore qu'ouvre cet amendemen t" , considère Miroslav Kalousek, le chef de l'Union chrétienne-démocrate (KDU).

Le politologue Milan Hamersky met en avant qu'à l'instar de la prostitution l'euthanasie se pratique déjà. "Elle ne disparaîtra pas, autant lui donner des règles bien définies." Le gouvernement a notamment préparé un projet de loi légalisant la prostitution, qui deviendrait une profession libre.

Les chefs religieux tchèques pourraient bientôt monter de nouveau au créneau pour s'opposer cette fois-ci à la légalisation des unions homosexuelles, texte sur lequel les députés doivent se prononcer prochainement.


14.12.2005 - Martin Plichta - Le Monde


L'euthanasie à la tchèque

Légaliser l'euthanasie en Tchéquie ?... Il semble peu probable que dans un proche avenir les politiciens trouvent un consensus sur cette question délicate. Il y a du nouveau quand même : une modification du code pénal, adoptée il y a une quinzaine de jours par la Chambre des députés, stipule que l'euthanasie ne soit dorénavant plus considérée comme « un homicide », mais comme une « mise à mort sur demande », l'auteur d'un tel acte étant passible d'une peine de six ans de réclusion au maximum. Sans donner vraiment le feu vert à l'euthanasie, la nouvelle disposition inquiète les représentants des trois religions monothéistes.

Chrétiens, juifs et musulmans trouvent un langage commun pour dénoncer radicalement cette première démarche pouvant mener à la légalisation de l'euthanasie, en République tchèque. « La mort fait partie de la vie... Nous défendons le droit à une mort digne... Nous tenons à attirer l'attention sur les dangers que la légalisation de l'euthanasie risque d'entraîner » , peut-on lire dans la déclaration, présentée ces derniers jours à Prague, par le cardinal Miloslav Vlk, le rabbin Karol Sidon et Vladimir Sanka, pour la communauté musulmane. D'un côté ne pas prolonger la souffrance à tout prix dans une situation sans issue, mais, d'un autre côté, ne pas mettre fin intentionnellement à la vie. Voilà, en gros, la position des représentants religieux. Pour eux, il s'agit avant tout d'améliorer le système des soins intégraux, et des soins palliatifs notamment. Le cardinal Miloslav Vlk estime donc que le thème de l'euthanasie est un thème politique qui appelle à une large discussion : « Les croyants sont amenés à s'intéresser à la politique. Nous ne vivons pas dans un vide et nous ne voulons pas être isolés dans un ghetto. Fidèles aux principes qui sont les nôtres, nous avons l'ambition de nous occuper des autres et de ce qui les concerne. Dans cette logique, nous voulons intervenir dans la politique ».

« A côté de gens pour lesquels la mort, comme moment faisant partie intégrante de la vie, ne signifie pas une fin définitive, on voit ceux qui n'acceptent cette idée ni dans leur coeur ni dans leur pensée. Voilà pourquoi ils n'arrivent pas à assumer les problèmes que la vie apporte. Ils ne connaissent que le monde matériel. C'est un monde que je ne veux pas et que je ne leur souhaite pas, à eux non plus ».

L'euthanasie est pour les représentants des trois religions mentionnées un thème grave, d'autant qu'il peut toucher tout un chacun. Développer une large discussion est donc l'un des objets de leur récente déclaration. Pavel Cerny du Conseil oecuménique des Eglises :

« Nous souhaitons encourager des rencontres et des débats qui permettraient de mettre l'accent sur le prix et la valeur de la vie humaine, car il s'agit là d'une question fondamentale... Par ailleurs, les enquêtes menées nous enseignent que les personnes demandant l'euthanasie sont souvent celles qui se sentent désespérées, puisque en proie à la solitude et à l'abandon. A noter dans ce contexte, aussi, pas mal de cas de gens se retrouvant dans une mauvaise situation sociale. C'est notre société qui doit être impliquée dans la solution de ces problèmes ».

Paradoxalement, la nouvelle modification du code pénal ne plaît pas non plus aux partisans de l'euthanasie. Le manque de règles claires et nettes, dont la non définition de la limite minimum de la sanction pour l'acte de la « mise à mort sur demande », est critiqué notamment par les milieux médicaux... Très prochainement, la modification concernée sera soumise à la Chambre haute du Parlement et au président de la République. Vaclav Klaus, quant à lui, semble avoir certaines réserves...


13.12.2005 - Alena GebertovaCzech - Radio 7, Radio Prague

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