A partir de ce sondage, une note de synthèse a également été rédigée par la SOFRES à la demande de l'ADMD.
1) LE DROIT DE MOURIR POUR LES MALADES CONFRONTÉS A UNE SOUFFRANCE INSUPPORTABLE S'ENRACINE AU SEIN DE L'OPINION FRANCAISE
L'opinion massivement favorable des Français en faveur d'un droit des malades à mourir volontairement pour échapper à des souffrances que ceux-ci jugent insupportables, s'enracine au sein de la population puisque les taux déjà très élevés recueillis au cours des années précédentes progressent encore. Aujourd'hui, 86% des Français sont favorables à ce droit, soit 2 points de plus qu'il y a trois ans et demi; 9% y sont opposés, taux qui n'évolue guère. Les sans opinion régressent en revanche de 7% à 5%, ce qui indique que ce sont sans doute des hésitants qui ont pris parti pour la mort volontaire au cours de ces dernières années.
Un autre élément d'évolution réside au sein des différentes catégories de la population. D'une manière générale, les opinions sont plus homogènes que précèdemment, avec en particulier l'atténuation du clivage hommes / femmes: les premiers rejoignent presque les secondes dans l'approbation de la mort douce avec 5 points de progression, l'écart entre eux étant désormais de 2 points (85% contre 87%).De même, on notera une approbation en augmentation de 4 points chez les plus jeunes et de 6 points chez les 50-64 ans.
La pratique religieuse demeure la variable qui influe le plus sur les réponses, même si, comme dans les enquêtes précédentes, les moins favorables - les catholiques pratiquants - sont tout de même 71% à approuver la mort volontaire (soit toujours 3 points de plus qu'en 1987). On constate toutefois une certaine radicalisation de leur avis sur la question, avec une minorité d'opposants qui passe de 16% à 25% depuis 1997, tandis que les favorables ne fléchissent que de 3 points (de 74% à 71%). Contrairement à ce qui s'est produit dans l'ensemble de la population française, chez les catholiques convaincus les indécis du passé se sont ralliés peu à peu aux opposants à la mort volontaire.
2) LA MORT VOLONTAIRE EST UN DROIT SUBJECTIF QUE L'ON NE PEUT CONTESTER AU MALADE
Au fur et mesure que se consolide le soutien au droit à la mort douce, les Français sont de plus en plus nombreux à considérer que ce droit doit être maitrisé par le malade lui-même. Ainsi, 51 % des interviewés considèrent aujourd'hui que c'est le malade qui doit mettre en ouvre cette décision de mourir, alors qu'ils étaient 48% à exprimer cette opinlon en 1997 et 37% en 1987. Ce choix se falt, sur la longue durée, au détriment du corps médical (de 46% en 1987 à 34% en 2001), ce qui indique que la question de la mort volontaire s'est "démédicalisée", n'apparaît plus autant liée à une situation objective qui pourrait être appreciée par l'expertise médicale. C'est bien la composante individuelle, la subjectivité du malade lui-même qui devient le fondement de la décision, et que ni les proches ni les médecins ne peuvent lui disputer. Mais dans le même temps, ii faut y voir également une volonté de déresponsabiliser la médecine d'une décision qui apparaît en dehors de son champ d'action, et qu'il faut renvoyer à la seule responsabilité de l'individu concerné. L'euthanasie n'est plus une question médicale mais une affaire de conscience.
Ce souhait d'une appropriation du droit à mourir par le malade est d'autant plus forte que les interviewés appartiennent aux catégories populaires (59% chez les ouvriers), tandis que les catégories supérieures comme les cadres font davantage confiance au corps médical (42%). De même l'intervention médicale apparait plus légitime avec l'âge, mais on notera une atténuation de ce clivage depuis 1997.
3) LA VOLONTÉ DU MALADE À MOURIR DOIT S'EXERCER MÊME S'IL N'EST PLUS EN MESURE DE LA CONFIRMER
Avec la subjectivisation croissante de la mise en ouvre de la mort volontaire progresse le respect de la volonté du malade à mourir, même s'il n'est plus en mesure de confirmer cette volonté. 88% des Français estiment ainsi que pour un malade devenu incapable de manifester sa volonté mais qui aurait expressément indiqué son désir de ne pas prolonger sa vie, "il faut respecter son désir de mourir comme il l'a demandé de façon libre et réfléchie", tandis que seulement 7% pensent que "on ne peut pas executer la volonté d'un malade qui n'est plus en mesure de confirmer son accord". La progression des opinions favorables est de 9 points en près de 14 ans. Là encore, seuis les catholiques pratiquants réguliers se distinguent quelque peu, même si chez eux également le respect de la volonté du malade domine nettement (76%). A noter enfin, une sensibilité plus forte des plus jeunes au respect de la volonté exprimée +11 points depuis 1997).
4) LA JUSTICE DOIT PRENDRE EN COMPTE LE DROIT À MOURIR DANS LA DIGNITÉ
Le sort réservé par la justice à ceux qui fournissent aux malades atteints d'une maladie incurable une aide active à mourir émeut plus des trois quarts des Français (77%), qui se disent favorables à ce que l'on mette fin aux risques de poursuites judiciaires, et que l'on modifie le code pénal en ce sens. 13% y sont en revanche opposés. On notera avec intérêt que chez les opposants à la mort volontaire, la question des poursuites pénales fait débat: 41% sont contre l'abandon des poursuites, mais 41% y sont favorables. Les opposants à I'euthanasie montrent donc qu'ils comprennent les situations de détresse pouvant conduire à ce geste.
On note également que les souhaits de modification du code pénal se tassent quelque peu par rapport à 1997 (77% contre 82%), revenant à leur niveau de 1987 (76%), même s'ils restent très majoritaire. Ce résultat en apparence contradictoire peut s'expliquer par l'existence d'un procès récent sur le sujet, qui a peut-être heurté une partie de l'opinion; mais on pourrait avancer également la réticence un peu plus grande de la population à une situation qui apparaîtrait comme une demi-mesure: la suppression d'un délit au lieu de l'affirmation d'un droit. En l'absence de toute décision claire du législateur, au contraire de ce qui vient de se produire aux Pays-Bas, un certain nornbre considèrent peut-être que le respect de la législation en vigueur et des condamnations pénales médiatiques inciteront les politiques à légiférer dans un sens favorable à un droit que près de neuf Français sur dix réclament.
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