A partir de ces deux sondages, une note de synthèse a également été rédigée par la SOFRES à la demande de l'ADMD.
La mort volontaire, un droit fortement revendiqué
Les Français restent massivement favorables (84 %, contre 9% opposés et 7% sans opinion) à la reconnaissance du droit d'une personne atteinte d'une maladie grave s'accompagnant d'une souffrance insurmontable à être aidée à mourir si elle le demande. Les femmes et les sympathisants écologistes sont les plus favorables au droit à la mort douce, les 65 ans et plus, les sympathisants du Front national et les catholiques pratiquants réguliers en constituant les partisans les moins affirmés.
Si le rapport de force entre partisans et opposants de la mort volontaire s'est peu modifié au cours de la décennie écoulée - les Français y étaient favorables à 85% et opposés à 11% en novembre 1987 - cette stabilité d'ensemble ne doit pas cacher d'importantes évolutions dans certaines catégories de l'opinion. Ainsi les catholiques pratiquants réguliers ont-ils évolué de façon marquée en faveur du droit à la mort volontaire : les trois-quarts d'entre eux (74%) y sont désormais favorables contre 67% il y a dix ans, et ils ne sont plus que 16% à déclarer leur opposition à ce droit contre 28% en 1987. La légitimité du droit à la mort douce a donc fortement progressé chez ses opposants les plus avérés.
Signe de la solidité du soutien de l'opinion au droit à la mort douce, les Français replacent celle-ci de façon cohérente dans une perspective personnelle et sociale.
Tout d'abord, aujourd'hui comme il y a dix ans, la possibilité de la mort volontaire n'est pas une perspective que l'on envisage seulement pour les autres ou un droit que l'on revendique par principe. S'ils étaient confrontés à une maladie incurable et des souffrances insupportables, les Français souhaiteraient dans la grande majorité (79% - comme en 1987 - dont 55% « certainement» et 24% « probablement ») être aidés à mourir. Ce souhait reste cependant nettement plus marqué chez les catholiques non pratiquants et sans religion que chez les catholiques pratiquants. Il est également moins fortement exprimé par les 18-24 ans et les 65 ans et plus, et ce en 1997 comme en 1987.
La revendication du droit à la mort volontaire trouve également son corollaire sur le plan législatif : les Français s'affirment de façon croissante en faveur d'une modification du Code pénal visant à mettre fin aux risques de poursuites judiciaires encourus par les personnes aidant un malade à mourir à sa demande.
La revendication croissante d'une maîtrise de la mort volontaire par le malade lui-même
Fortement revendiqué, le droit à la mort volontaire est conçu de façon croissante par les Français comme devant être pleinement maitrisé par le malade lui-même. Au fur et à mesure que se consolide le soutien au droit à la mort douce, il apparaît un processus d'appropriation personnelle de ce droit chez les Français, tant sur la question des modalités que de la responsabilité de cette décision, et ce au détriment de l'autorité médicale.
L'opinion apparait tout d'abord plus partagée qu'il y a dix ans sur l'étendue du droit d'être aidé à mourir. Celui-ci doit se limiter au refus de l'acharnement thérapeutique pour 34% des Français contre 27% en 1987 ; il doit au contraire inclure une aide active à mourir pour 55% d'entre eux contre 63% il y a dix ans. Les catégories moyennes salariées et populaires sont les plus favorables à une conception active de la mort volontaire, même si les ouvriers apparaissent nettement plus partagés sur cette question qu'en 1987; à l'inverse, les commerçants, artisans et industriels et les cadres supérieurs expriment une vision plus prudente, privilégiant à plus de 40% la restriction du droit à la mort douce au refus de l'acharnement thérapeutique. La modération accrue quant aux modalités d'application de la mort volontaire traduit en partie l'évolution des catholiques pratiquants réguliers qui avaient en1987 une opinion beaucoup moins tranchée sur cette question et se rallient progressivement au droit à l'aide à mourir. Mais elle manifeste surtout, dans l'ensemble de la population, une plus grande méfiance envers l'intervention médicale dans la mise en oeuvre du processus de mort volontaire.
La moindre confiance dans la conduite médicale du processus d'aide à la mort se retrouve de façon plus nette encore sur la question de la responsabilité de sa mise en oeuvre.
L'évolution de l'opinion sur ce point est spectaculaire et résulte en un véritable transfert de responsabilité du médecin vers le malade. Ils étaient en effet une majorité à estimer, en 1987, que la mise en oeuvre des moyens de la mort volontaire revenait en priorité au médecin traitant plutôt qu'au malade lui-même (37%). Or, c'est aujourd'hui à ce dernier que revient la décision pour 48% des Français, seuls 33% d'entre eux la déléguant au médecin qui le soigne.
Un phénomène de réappropriation du processus de mise en oeuvre de la mort douce semble donc se produire, qui peut indiquer une intensification de la revendication de ce droit, qui devient droit intime et personnel, mais aussi une plus grande inquiétude face au pouvoir ainsi délégué à la science et à l'institution médicale.
Signe supplémentaire du désir d'appropriation accrue du droit à la mort volontaire par le malade, une très forte majorité de Français, en augmentation par rapport à 1987, estime que pour un malade devenu incapable de s'exprimer mais qui aurait au préalable consigné par écrit son désir d'être aidé à mourir, il faut respecter sa volonté librement énoncée (82%) plutôt que de renoncer à exécuter cette volonté au motif qu'il ne peut conformer son accord (11%). C'est ainsi l'ultime parole du malade qui fait autorité en dernier lieu, plutôt que l'entourage ou le médecin.
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