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Accueil ADMD > Dossiers > Le procès imaginaire de Marie Humbert
 
Le procès imaginaire de Marie Humbert
 

Le samedi 23 septembre dans un des salons de l'Hôtel de Ville de Paris mis à disposition par Bertrand Delanoé, avait lieu devant un public d'invités, la première de la pièce de Francis Beaucourt: " qu'il repose en révolte ou le procès de Marie Humbert".

Marie Humbert est là, assise au premier rang. Elle écoute le récit des trois années les plus douloureuses de sa vie, s'essuie les yeux à chaque fois que la comédienne parle de son "Titi", le petit nom qu'elle donnait à son fils, Vincent. Dans les salons de l'Hôtel de Ville, à Paris, samedi 23 septembre, plus d'une centaine de personnes ont assisté à la première représentation de Qu'il repose en révolte, ou le procès de Marie H . Trois ans après le décès de Vincent Humbert, l'histoire tragique de ce jeune tétraplégique qui réclamait "le droit de mourir" n'en finit pas d'être utilisée comme le symbole du débat sur l'euthanasie.

Le non-lieu général, ordonné en février pour Marie Humbert et le docteur Frédéric Chaussoy, qui avaient aidé le jeune Vincent à mourir, a laissé un "goût amer" à l'association Faut qu'on s'active. Pas de procès, pas de tribune pour réclamer une loi autorisant l'"exception d'euthanasie". D'où l'idée, à quelques mois de l'élection présidentielle, de relancer le débat à travers une pièce de théâtre militante reconstituant "le procès interdit de Marie Humbert".

"Nous voulons lutter contre l'oubli et l'hypocrisie" , fait valoir Vincent Léna, président de Faut qu'on s'active et membre du conseil national du Parti socialiste. Soutenant l'initiative, le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a ouvert ses portes aux défenseurs d'une "loi Vincent Humbert" - parmi lesquels l'écrivain Noëlle Châtelet, soeur de Lionel Jospin -, qui ont offert une standing ovation à Francis Beaucourt et Danièle Ronsin. Le premier, également metteur en scène, interprète tour à tour le président du tribunal, l'avocat de la défense, le docteur Garudi (le médecin du jeune tétraplégique) et le procureur général. La seconde incarne Marie Humbert en mère courage qui "par amour" a libéré son fils de sa "fausse vie" . Celle d'un jeune homme devenu tétraplégique, muet et quasiment aveugle à la suite d'un accident de voiture, prisonnier de son corps mais parfaitement conscient.

On a beau connaître par coeur cette histoire très médiatisée, on est forcément ému lorsqu'une voix off donne vit aux mots que le jeune tétraplégique ne pouvait pas partager. "J'avais 19 ans, j'allais devenir pompier professionnel. Pourquoi ce camion dans ce virage... Je suis devenu un condamné de la vie... Maman, délivre-moi."

Sur scène, les trois jours d'audience reconstituent la longue période qui s'est écoulée entre l'accident et le décès de Vincent. Sa mère n'a jamais quitté le chevet de son fils. Le réveil après le coma, le premier sourire, et puis ce pouce qui peut bouger. Marie Humbert passe des heures à épeler l'alphabet en tenant la main de son "Titi". Chaque pression permet de reconstituer des mots et de se comprendre.

En septembre 2002, les médecins annoncent à Vincent qu'il doit quitter l'hôpital pour un "centre spécialisé" . Le jeune homme réalise qu'il restera tétraplégique toute sa vie. Il demande en vain aux soignants "une pilule pour qu'il ne se réveille plus" . Ecrit deux fois à Jacques Chirac. Fait "jurer" à sa mère de l'aider.

Ce procès imaginaire fait grossièrement celui de la médecine. Une médecine qui manquerait de compassion, qui n'aurait rien su dire d'autre à Marie Humbert que "d'aller voir un psychologue" . Francis Beaucourt ne donne aucune chance au docteur Garudi, un médecin peu sympathique, répétant mécaniquement : "Notre tâche est de sauvegarder la vie coûte que coûte."

Le procureur général requiert "cinq ans d'emprisonnement avec sursis" ,parce que, "si l'on peut comprendre le geste d'une mère acculée au désespoir, on ne peut pas le laisser impuni, sinon que dire aux autres malades, aux familles qui ont un proche en état végétatif, aux personnels des unités de soins palliatifs ?" . L'avocat de la défense, formidablement interprété, réclame, "pour le courage de Marie, pour Vincent le rebelle, pour tous ceux qui vivent ce calvaire" , l'acquittement. Volontairement, aucun verdict n'est énoncé. A la sortie, les spectateurs sont invités à signer la pétition en faveur d'une "loi Vincent Humbert". Vincent Léna va désormais "frapper aux portes" des mairies et des théâtres pour que cette pièce soit jouée "partout en France".

26.09.2006 -Le monde - Sandrine Blanchard

   
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