Pionnière de la cause de l'ADMD, tout comme son mari, Robert, adhérents tous deux dès 1981, Mireille Jospin était également membre de son comité de parrainage. Sa mort volontaire, le 6 décembre dernier, a relancé dans les médias le débat sur la dépénalisation de l'euthanasie ou, comme elle l'écrit dans la lettre adressée à l'Association et que nous publions ici, « la paix du corps en son temps ». Sa vie durant, Mireille Jospin a oeuvré pour les droits des femmes et pour la liberté. C'est en femme libre qu'elle nous a quittés et l'ADMD tient à lui rendre un hommage ému, en l'occurrence par la voix de son président d'honneur, Henri Caillavet.
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Bonsoir Mireille Jospin,
Je vous ai connue avec votre mari il y a plus de 30 années déjà, au temps du débat parlementaire sur l'interruption volontaire de grossesse. Votre qualité « d'accoucheuse de vie », votre compétence professionnelle étaient précieuses, mais surtout votre autorité morale entraînait l'adhésion de l'esprit et du coeur. Vos engagements étaient indispensables et nous ont permis de réussir.
J'aurais dû garder, et mes regrets sont vifs, la lettre par laquelle vous m'approuviez d'avoir le premier déposé, comme sénateur, et un texte législatif concernant l'avortement et un autre relatif à la défense, au plan pénal, des homosexuels. Ce message m'avait fait chaud au coeur.
Votre mari Robert, qui était lui aussi un lutteur persévérant, siégeait au Conseil d'Administration de l'Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité sous ma présidence. Avec probité, avec force, il soutenait notre action comme vous d'ailleurs qui même parfois le devanciez. Pionnière pour la dignité de notre fin de vie, votre présence auprès de tous, et en particulier des adhérents de la région parisienne, avait valeur de symbole.
Courageusement, lucidement, vous constatiez la frilosité politique de votre fils Lionel, Premier ministre, qui, malgré une majorité assurée, se refusait hélas à faire voter la dépénalisation conditionnelle de l'interruption volontaire de vie, l'euthanasie, et ce à l'exemple de grandes démocraties européennes.
Je garde en mémoire, avec tous les participants, votre intervention lors de notre dernier colloque de janvier 2002 à l'Assemblée Nationale. Avec nos invités, savoir des professeurs de médecine ou des présidents d'associations fédérées avec la nôtre -Pays-Bas, Suisse, Belgique- qui s'y sont exprimés, vous avez à votre tour justifié notre action, nous invitant à ne pas céder à la lassitude. Ce matin-là, vous m'avez dit avec un doux sourire : « Courage, cher Henri Caillavet ! L'enfant viendra bientôt au monde. »
Chère Mireille Jospin, vous avez choisi votre destin avec cette distinction coutumière qui vous concernait. A mon tour, je reprendrai le faire-part de votre famille : «Elle a décidé dans la sérénité de quitter la vie.»
Votre disparition nous émeut, nous peine. Toutefois, elle nous propose le courage et la dignité.
Bonsoir, chère Mireille Jospin.
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