Francis Rigoni, de Fellering, vit une souffrance au quotidien comparable à celle vécue par Vincent Humbert. Atteint depuis 57 ans d'une syringomyélie congénitale, il est victime de douleurs continues avec chaque jour l'envie d'en finir. Aussi souhaite-t-il, un jour, régler lui même son problème.
Pourquoi cette décision ?
Comme n'importe qui, je veux être maître de mon destin. Je suis grabataire, quasi tétraplégique, avec de très grandes, cruelles, multiples douleurs et fatigues neurologiques qui me rongent nuits et jours en continu depuis huit ans et demi.
Cela fait 57 ans que je bataille contre cette maladie incurable et la médecine est impuissante. Donc... Vous souhaitez la légalisation de l'euthanasie ?
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En tant que membre de l'ADMD (Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité) et fondateur d'APAISER (association d'information aux syringomyéliques) je dis qu'il est urgent qu'un texte législatif légalise l'euthanasie en France.
Il pourrait être calqué sur celui en vigueur en Hollande et Belgique: un malade incurable fait plusieurs demandes de mort et deux médecins indépendants mènent le cas à terme, sous contrôle judiciaire à posteriori. Avec une telle loi, il n y aura plus d'affaire Humbert.
Qu'en pensent les Français ?
Sur l'euthanasie, deux tendances sont en présence, les partisans de la mort douce et les autres qui, pour bien des raisons, sont réticents à toute évolution.
Mais quel est le nombre de personnes parmi ces derniers qui ont vraiment, longtemps et grandement souffert ? Un récent sondage SOFRES "Les français et la mort volontaire" donne 17 sur 20 favorables à la mort douce. Que les 3 sur 20 qui sont contre aillent donc donner la main à ceux qui n'en peuvent plus de douleurs, de déchéance et qui n'ont plus de « VIE »! Qu'ils se mettent dans leur peau avec l'idée d'un état irréversible... Les journées seront longues et les nuits interminables...
À mon heure, je mourrai dignement et l'esprit en paix
Quelle est la question fondamentale pour vous ?
J'étais déjà en hôpital. Il y a une barrière entre les souffrants qui se comprennent et, en face, les soignants. Ce sont deux mondes différents avec, entre eux, souvent perdus, le conjoint, la famille, les amis. A mon niveau, la prise en charge de la douleur tant physique que morale en hôpital est totalement incomprise.
Les souffrants spécifiques comme moi se retrouvent devant la monumentale hypocrisie du mensonge de la douleur zéro!
Un autre aspect est relatif la loi pénalisante actuelle. Que fait-on des milliers d'euthanasies dues à la compassion des chefs de services, anesthésistes, infirmières dans les hôpitaux?
Ces derniers attendent aussi un texte juste pour ne plus être des criminels aux yeux de la loi ! Le problème est bien sûr hautement politique et une proposition de loi est impérative! Mesdames et Messieurs les législateurs, soyez forts et lucides pour ceux qui souffrent sans espoir. Faites qu'un jour prochain chacun en ce pays puisse se dire: « A mon heure, je mourrai dignement et l'esprit en paix »
Et votre épouse ?
Ma femme, compagne de trente ans de vie commune, comprend et peut accepter mon désir d'en finir!
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