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| Réactions à la suite des réquisitions du procureur |
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A la suite des réquisitions du parquet en faveur d'un non lieu pour Marie Humbert et le Dr Chaussoy l'ADMD appelle à l'instauration d'un grand et véritable débat national sur l'euthanasie.
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Communiqué de l'ADMD envoyé à l'agence France Presse - 2 janvier 2006
S'il convient de se réjouir des réquisitions du procureur de Boulogne-sur-Mer en faveur d'un non lieu général dans le dossier instruit après la mort de Vincent Humbert, il n'en convient pas moins de constater une fois encore l'inadéquation de la loi avec la réalité de situations pour lesquelles la dépénalisation de l'euthanasie voire l'aide au suicide sont la réponse appropriée.
En effet, ce n'est nullement « la pression psychologique et médiatique » qui ont conduit Marie Humbert à aider son fils Vincent à mourir mais bel et bien l'interdit que fait peser la loi sur cette aide. A ce titre, les faits reprochés tant à Marie Humbert qu'au Dr. Chaussoy « demeurent prohibés » ce qui n'empêche pas le procureur de considérer qu'en raison des circonstances de l'affaire, il y a matière à « exonération ».
Plutôt que de se prononcer aujourd'hui pour une exception de la loi au bénéfice des deux intéressés, la mission parlementaire conduite par Jean Leonetti n'aurait-elle pu entendre la voix du Comité consultatif national d'éthique, celle de l'ADMD et celle de Marie Humbert et introduire dans le code pénal l'exception d'euthanasie réclamée pour tous ?
On ne peut s'empêcher de penser que cette « exonération » vise à ne pas permettre le débat de fond sur une modification de la loi à laquelle la société française ne pourra échapper.
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| Gérard Payen -
Président de l'ADMD |
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Déclaration de Marie Humbert
« Je ris d'un oil mais je pleure de l'autre, car d'autres mamans attendaient mon procès pour montrer qu'il faut absolument changer la loi. Aujourd'hui, il n'y a toujours pas de solution légale quand quelqu'un à bout demande une aide active à mourir, donc on pourra toujours mettre en prison un docteur ou une maman qui par humanité décideront de l'aider à partir. C'est cette mobilisation citoyenne incroyable qui m'a certainement évité la prison, et je ferai en sorte de continuer le combat pour qu'un jour les politiques aient le courage de voter une « loi Vincent Humbert ».
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«Je veux être reconnue non coupable devant la France entière»
Marie Humbert était mise en examen depuis presque deux ans pour avoir «administré des substances toxiques» à son fils.
Le procureur a requis un non-lieu pour vous et pour le Dr Chaussoy. Comment réagissez-vous ?
Je suis heureuse pour monsieur Chaussoy. Ça m'enlève un poids énorme. Je n'ai jamais compris pourquoi on l'avait inculpé. Mais moi, j'ai l'impression qu'on me vole le procès de mon fils. Il s'est battu pendant trois ans pour qu'on lui trouve une solution. Moi, pendant deux ans, je me suis renseignée avant de choisir de l'aider [à mourir, ndlr] . Ça a été difficile d'accepter dans ma tête d'enfreindre la loi, je l'ai fait pour lui. Et maintenant, c'est comme si je n'avais rien fait ! On est en train de dire qu'il n'y a rien eu. Que ce soit en médecine ou en justice, c'est pareil, on est dans l'hypocrisie totale. On écarte le problème, et on ne résout rien. En plus, j'apprends ça par hasard tout à l'heure, par un journaliste, qui m'appelait pour savoir ce que j'en pensais. On s'est tellement battu avec Vincent, ça me fait mal au coeur que ça se passe comme ça.
Vous n'êtes donc pas soulagée, mais en colère.
Oui, parce que toutes les mamans qui m'écrivent attendent ce procès. Si demain ces mamans font comme moi ? Les gens vont comprendre quoi maintenant ? Rien du tout. C'est lamentable. La justice se défait de cette histoire. C'est facile. Pourquoi mon fils s'est-il battu pendant trois ans ? On ne sait toujours pas, on annule tout, c'est réduit à néant. J'ai quand même eu quatre expertises psychiatriques, difficiles pour moi. Elles ont toutes conclu que j'étais responsable de mes actes. Là, avec cette réquisition, on me rend irresponsable, on dit que je n'étais pas trop consciente, que j'ai été en quelque sorte forcée de faire ce que j'ai fait. Je vais avoir beaucoup de mal à vivre avec ça dans ma tête. Je ne le tolère pas.
Vous demandez à la juge d'instruction qu'elle vous renvoie devant les assises ?
Oui. Il faut un procès parce qu'il faut un débat, pour que les gens comprennent. Je le demande, pour le respect de mon fils. Il faut un procès, et il faut que je sois acquittée. Je veux être reconnue non coupable devant la France entière. Ça voudrait dire que la justice a compris ce que j'ai fait. Que c'était bien, et honnête.
Euthanasie: l'esquive du procès Humbert ?
Le non-lieu requis contre Marie Humbert et le Dr Chaussoy éviterait à la justice de poser le problème de la fin de vie devant un tribunal.
O uf !» Au bout du fil, le docteur Frédéric Chaussoy rit. On l'avait quitté «mal», «angoissé» , au lendemain de Noël, on le retrouve «ravi» hier. Mais prudent. «Les bouteilles de champagne sont au frais. On ne les débouchera que lorsque j'aurai reçu le papier sur lequel je lirai : "Non-lieu"» , insiste le médecin. Le chef du service de réanimation de l'hôpital héliomarin de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais) a appris hier que le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, Gérald Lesigne, qui l'avait mis en examen dans l'affaire Vincent Humbert il y a deux ans, venait de requérir un non-lieu, pour lui, ainsi que pour Marie Humbert. La décision de le renvoyer ou non devant un tribunal est à présent entre les mains de la juge d'instruction, Anne Morvant.
«Pression». En septembre 2003, Frédéric Chaussoy a débranché l'appareil respiratoire qui maintenait artificiellement en vie Vincent Humbert, puis injecté du chlorure du potassium pour permettre une mort immédiate par arrêt cardiaque, plutôt qu'une lente agonie par étouffement. La veille, Marie Humbert avait injecté des barbituriques dans la sonde gastrique de son fils qui demandait à mourir. Elle avait échoué à le tuer. Le procureur a considéré hier que «l'importance médiatique des événements» , la «précipitation» , la «pression psychologique» , entraînaient «une situation de contrainte» pour le médecin et pour la mère. «Ces éléments sont exonératoires de responsabilité» , a-t-il expliqué. Marie Humbert et le docteur Chaussoy risquent les assises. Cinq ans pour la première, pour tentative d'empoisonnement, la perpétuité pour le second, pour empoisonnement avec préméditation.
Le médecin serait «soulagé» par un non-lieu. Il n'est pas inquiet. «Je suis tombé sur une juge humaine.» Pression médiatique ? Il est d'accord. «Ce n'est pas évident de gérer ça entouré de caméras.» Contrainte morale ? D'accord aussi. «On l'a toujours dans ce métier. On se demande à chaque fois : "Est-ce que je fais bien ?"» Dans le cas de Vincent, il pense ne pas avoir eu d'autre solution.
«Honte». «Vincent a écrit un bouquin. Sa mère manque son geste pour des raisons techniques. On refile le bébé à Chaussoy et démerde-toi avec. Chaussoy, il a fait ce qu'il a pu.» D'abord, il réanime dans l'urgence. Un an après, il raconte dans son livre ( Je ne suis pas un assassin , ndlr) comment, après avoir réanimé Vincent, il a eu «honte» en croisant les regards des infirmières et de Marie Humbert. Il lit le dossier, rencontre la famille, réfléchit. Alors, il débranche le respirateur, puis injecte.
Aujourd'hui, il ne regrette pas. «Je n'avais pas le choix, il fallait qu'on arrête.» Et cette injection de chlorure de potassium, qui lui vaut la mise en examen ? «Le produit ne change rien. En débranchant le respirateur, on a arrêté la vie. Bien sûr, on aurait pu injecter de la morphine. Mais il ne souffrait pas, il était dans le coma.» Et pour le prochain Vincent Humbert ? Agacé : «La prochaine fois, je prendrai une seringue électrique de je ne sais quoi. Avec l'électrique, ce n'est même pas moi qui pousse.» Grave : «On s'en fout. Ce qui compte, c'est la décision, difficile à prendre. Après, la fin de vie doit être le plus digne possible.»
Pour Marie Humbert, il ne souhaite pas la cour d'assises. «Ce n'est pas le lieu pour un débat. Cela n'empêche pas le combat qu'elle mène . » Il pense que la loi Leonetti sur la fin de vie est une bonne chose. Il irait même plus loin : «Si demain la France veut adopter une législation à la belge ou à la hollandaise sur le suicide assisté, pourquoi pas ?»
«Apaisement». Hier, Jean-Luc Romero, élu UMP et vice-président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), a salué dans un communiqué la décision du procureur mais estimé «que cette décision démontre parfaitement l'hypocrisie du système actuel : l'euthanasie est toujours sanctionnée par la loi, mais tout est fait pour éviter la médiatisation qui pourrait découler d'un procès» . Jean Leonetti (UMP), auteur de la loi sur la fin de vie, trouve lui aussi que le procureur a pris une «décision d'humanité et d'apaisement» . Mais il estime qu' «une législation dépénalisant l'euthanasie poserait plus de problèmes qu'elle n'en résoudrait» .
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Libération - Haydée SABERAN - 03 janvier 2006 |
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Non-lieu requis pour l'euthanasie de Vincent Humbert
Un non-lieu général a été requis à l'encontre de Marie Humbert et du Dr Frédéric Chaussoy, poursuivis dans le cadre de l'affaire Vincent Humbert, du nom du jeune tétraplégique qu'ils avaient aidé à mourir en 2003.
"Les actes sont criticables et violent la loi mais ils ont été commis dans un contexte particulier et sous une contrainte qui doit les exonérer de poursuite", a déclaré à Reuters Gérald Lesigne, le procureur de Boulogne-sur-Mer. "Ils n'avaient ni l'un ni l'autre d'autre alternative."
Marie Humbert avait tenté de mettre fin aux jours de son fils de 22 ans le 23 septembre 2004 en lui injectant via une sonde gastrique de fortes doses de barbituriques. Tombé dans le coma, le jeune homme était mort trois jours plus tard.
Le Dr Chaussoy, chef du service de réanimation du centre hélio-marin de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais), a été mis en examen pour "empoisonnement avec préméditation", une peine passible de la réclusion criminelle à perpétuité.
Il avait injecté du chlorure de potassium à Vincent Humbert après avoir débranché ses appareils respiratoires.
Marie Humbert est, elle, en examen pour "administration de substances toxiques commise avec préméditation sur personne vulnérable", et risque cinq ans de prison.
"Je suis perdue parce qu'il faut maintenant attendre la décision du juge, je suis soulagée pour le docteur Chaussoy et très en colère parce que j'ai l'impression que l'on me vole le procès de mon fils", a déclaré Marie Humbert à Reuters.
"C'est un calvaire, cela fait deux ans et demi que j'attends, je ne comprends toujours pas pourquoi la justice a commencé à poursuivre, alors ce non-lieu s'il arrive je ne sais même pas comment le prendre", a ajouté Marie Humbert, très émue.
"UN GESTE RÉFLÉCHI, DÉCIDÉ AVEC VINCENT"
Elle a aussi expliqué qu'elle admettait mal la notion de "contrainte" évoquée par le procureur de la République.
"Mon geste est un geste réfléchi, décidé avec Vincent, pas un geste accompli sous la contrainte", a-t-elle précisé.
Visiblement soulagé, le docteur Chaussoy a dit apprécier que le procureur ait reconnu qu'il n'était "ni un criminel, ni un empoisonneur". "Les derniers mois ont été très longs moralement et physiquement", a reconnu le médecin.
La juge d'instruction de Boulogne-sur-Mer, Anne Morvant, devrait prochainement décider de poursuivre ou plus probablement de prononcer un non-lieu.
Vincent Humbert avait été hospitalisé après un accident de la circulation survenu en septembre 2000. Il était resté muet, aveugle, tétraplégique et ne pouvait communiquer avec son entourage qu'en effectuant des pressions du pouce droit lorsque défilait devant lui l'alphabet.
C'est de cette manière qu'il avait écrit un livre, "Le droit de mourir". Il avait également écrit au président Jacques Chirac pour lui demander l'autorisation de mourir et l'assurance que sa mère ne serait pas poursuivie si elle lui venait en aide.
Marie Humbert avait rencontré Jacques Chirac et son épouse, Bernadette, il y a trois ans. Le couple présidentiel avait expliqué que sa requête était impossible à satisfaire.
La fondation Hopale de Berck-sur-Mer, qui gère l'ensemble des hôpitaux de la ville et notamment le centre où était soigné Vincent Humbert, n'a pas souhaité commenter les réquisitions du procureur. "L'hôpital doit rester un lieu de paix à l'abri des turbulences médiatiques", déclare la direction dans un communiqué.
Jean-Luc Romero, vice-président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité, a salué la décision du procureur, et appelé à un "grand débat national sur l'euthanasie et la fin de vie".
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Reuters - BOULOGNE-SUR-MER, Pas-de-Calais - 3/01/2006
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Affaire Humbert : le parquet requiert un non-lieu
JUSTICE Mis en examen après la mort du jeune Vincent, sa mère et le médecin réanimateur pourraient éviter le procès.
LE PROCÈS de Marie Humbert et du docteur Frédéric Chaussoy n'aura peut-être pas lieu. «Au terme de plusieurs semaines d'hésitation», le ministère public s'est en effet résolu ces derniers jours à demander un non-lieu général dans l'épineux dossier ouvert après le décès par empoisonnement du jeune Vincent, ce tétraplégique qui avait écrit au président de la République pour lui demander «le droit de mourir».
Rédigé par le procureur de Boulogne-sur-Mer et actuellement à l'examen au parquet général de Douai, le texte des réquisitions devrait être transmis dans les prochains jours au juge d'instruction Anne Morvant. Celle-ci pourra ensuite décider de renvoyer l'affaire devant une cour d'assises, ou de la clore.L'information judiciaire ouverte pour «administration de substances toxiques et empoisonnement avec préméditation», peu après le décès de Vincent Humbert au centre héliomarin de Berck-sur-Mer, le 26 septembre 2003, a depuis lors permis de cerner les rôles joués respectivement par sa mère, Marie, et par le réanimateur Frédéric Chaussoy. Disant répondre aux demandes réitérées de son fils, Mme Humbert lui a d'abord injecté le 24 avril une dose de barbituriques qui l'a plongé dans le coma. Intervenant peu après, le médecin a pour sa part décidé de débrancher le respirateur artificiel du jeune homme, avant de lui administrer un sédatif puis, pour hâter sa fin, du chlorure de potassium.
Ce scénario établi, le ministère public s'est longuement interrogé sur l'épilogue judiciaire qu'il convenait de donner à l'affaire avant d'opter, finalement, pour le non-lieu. «Les faits reprochés à Marie Humbert et au docteur Chaussoy sont certes caractérisés, explique une source judiciaire. Mais il apparaît que ces deux personnes ont agi sous la contrainte irrésistible de circonstances exceptionnelles - pression de la famille, fort débat médiatique -, qui sont de nature à les exonérer de la responsabilité pénale.» Sitôt informé de ces réquisitions, le conseil de Frédéric Chaussoy, Me Bernard Lebas, a exprimé hier son «soulagement provisoire», dans l'attente de l'ordonnance que doit rendre le juge d'instruction.
«Situations douloureuses»
Président de la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs, farouchement opposé à l'euthanasie, le docteur Bernard Devalois observe, pour sa part, que la décision était «prévisible, compte tenu de la pression médiatique qui a pesé sur ce dossier». «L'important, explique aussi le médecin, c'est que le drame vécu par Vincent Humbert a depuis permis l'adoption d'un texte de loi sur la fin de vie qui, enfin, permet aux soignants de répondre à de nombreuses situations douloureuses.» Récemment, le député Jean Leonetti, rédacteur de la loi d'avril 2005, expliquait : «Ce texte fixe un cadre qui, s'il avait existé à l'époque, aurait évité à Marie Humbert de se trouver seule face à la souffrance de son fils».
Militant pour la légalisation de l'euthanasie, le vice-président de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité, Jean-Luc Romero, livre une réaction en demi-teinte : «Si je me réjouis que la justice se soit enfin décidée à mettre Marie Humbert et Frédéric Chaussoy hors de cause, je déplore son hypocrisie en la matière. Un procès aux assises aurait en effet fourni l'occasion d'avoir enfin un grand débat sur la mort digne. Au lieu de cela, les politiques préfèrent enterrer une affaire qui touche énormément les Français.»
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Le Figaro - Cyrille Louis - 03 janvier 2006
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Non-lieu requis dans l'affaire Humbert
Le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, Gérald Lesigne, a requis, lundi 2 janvier, un non-lieu à l'encontre de la mère de Vincent Humbert et du docteur Frédéric Chaussoy, auteur de l'injection létale
Réquisitoire de non-lieu général. Lundi 2 janvier, le procureur de la République de Boulogne-sur-Mer, Gérald Lesigne, a requis un non-lieu à l'encontre de la mère de Vincent Humbert et du docteur Frédéric Chaussoy, auteur de l'injection létale. Le parquet avait deux possibilités : soit le renvoi des mis en examen devant les assises, soit l'abandon des poursuites. C'est cette deuxième solution qui a eu la faveur du procureur.
Rappel des faits. En novembre 2002, Vincent Humbert, 21 ans, devenu tétraplégique, muet et presque aveugle après un accident de voiture en 2000, adresse une émouvante supplique à Jacques Chirac. « Monsieur le Président, vous êtes ma dernière chance. Je vous demande le droit de mourir », écrit le jeune homme depuis le centre héliomarin de Berck-sur-Mer (Pas-de-Calais) où il est pris en charge. Vincent, qui sait que sa situation médicale n'évoluera plus - son intelligence est intacte mais, prisonnier de son corps, il ne peut communiquer que grâce à son pouce - explique qu'il ne veut plus souffrir et surtout qu'il ne veut plus être une charge pour sa mère, laquelle a tout quitté pour se consacrer à lui.
Un an plus tard, Marie Humbert, après avoir tenté de dissuader son fils, annonce qu'elle a décidé de l'aider à mourir. Le 24 septembre 2003, trois ans jour pour jour après son accident, elle injecte des barbituriques dans l'une de ses perfusions. Le jeune homme sombre dans le coma. Le 26 septembre, Vincent Humbert décède. Le docteur Frédéric Chaussoy, chef du service de réanimation du centre héliomarin de Berck-sur-Mer, déclare qu'il a lui-même débranché le respirateur artificiel du jeune homme.
En réalité, le docteur Chaussoy a également injecté à Vincent du chlorure de potassium, entraînant son décès par arrêt cardiaque. C'est ce geste qui lui vaudra d'être poursuivi pour « empoisonnement avec préméditation », un crime passible de la réclusion à perpétuité, Marie Humbert étant, elle, mise en examen pour «administration de substances toxiques», délit passible de cinq ans d'emprisonnement.
Pourquoi le procureur a-t-il requis un non-lieu ?
Avant de se résoudre à requérir un non-lieu, le procureur a mûrement pesé le pour et le contre. En ce qui concerne le docteur Chaussoy, la situation était compliquée. Celui-ci ne pouvait être poursuivi pour avoir, en un premier temps, débranché le respirateur qui maintenait Vincent Humbert en vie, geste admis dans le cadre de l'absence d'acharnement thérapeutique. En revanche, le médecin s'est bel et bien rendu coupable d'euthanasie en injectant une substance létale, acte qui n'est pas autorisé à ce jour. En toute logique, le réanimateur aurait donc dû être renvoyé devant les assises. Tout comme Marie Humbert, dont, comme l'a d'ailleurs reconnu son avocat, les actes étaient globalement fautifs.
Mais la justice procède aussi par l'examen des situations individuelles. C'est ainsi que le procureur a choisi de fonder ses réquisitions sur « l'aspect moral de l'infraction et non pas sur un élément matériel et légal ». Gérald Lesigne a en effet invoqué, à l'appui de sa demande de non-lieu, la notion de « contrainte ».
Pour lui, on ne pouvait en effet examiner ce dossier sans prendre en compte «l'importance de la pression médiatique». «Le docteur Chaussoy a agi dans un contexte particulier, sous une forte pression familiale et médiatique, il portait en lui une sorte de culpabilité et il a été dépassé», nous a expliqué le procureur. «L'option retenue est que cette pression était si considérable qu'elle a privé l'intéressé d'une liberté de choix, qu'elle l'a placé en situation de contrainte, comme le montrera tout son comportement par la suite.» La mère, elle, a été considérée comme vivant sous l'emprise de la contrainte psychologique exercée par son fils Vincent, qui lui avait demandé à plusieurs reprises de l'aider à mourir.
Quelles peuvent être les conséquences de ces réquisitions ?
Le procureur est bien conscient, toutefois, que cette exonération de responsabilité risque d'ouvrir une brèche dans l'interdit de l'euthanasie. Aussi a-t-il pris la précaution d'assortir ses réquisitions d'un rappel solennel à la loi et au principe de l'interdit de tuer. « Nous ne sommes pas là pour changer la loi. Celle-ci reste restrictive », précise-t-il. Le procureur tient également à rappeler que ces réquisitions ne valent « que dans le cas d'espèce », et ne sauraient constituer une indication pour des affaires ultérieures.
Renvoyer la mère de Vincent Humbert et son médecin devant les assises, c'eût été à coup sûr risquer l'incompréhension d'une grande partie de l'opinion, pour qui l'acte qui a mis fin à la vie de Vincent Humbert est un acte compassionnel. Les exonérer purement et simplement aurait été nier la réalité des faits. Le parquet a opté pour une voie médiane. En apprenant la nouvelle, le docteur Chaussoy s'est dit «ravi» et «soulagé». Marie Humbert, elle, est «soulagée» mais aussi «déçue», car «d'autres mamans attendaient mon procès pour montrer qu'il faut absolument changer la loi».
Quelles seront les suites judiciaires ?
Un non-lieu demandé par le représentant de l'accusation est un moment important de l'instruction. Pour autant, il n'arrête pas immédiatement toute poursuite.Les réquisitions du procureur de la République de Boulogne-sur-Mer ne sont en fait, selon la procédure pénale, qu'un avis donné au juge d'instruction. Même si ces réquisitions - étant donné le traumatisme du monde judiciaire, notamment à Boulogne-sur-Mer après l'affaire d'Outreau - ont été avalisées par le parquet général de la cour d'appel de Douai et les services de la chancellerie.
Ces derniers demandant en effet de plus en plus à être informés et consultés sur des décisions pouvant avoir des répercussions dans les médias et dans l'opinion publique. Cependant c'est le juge d'instruction, totalement libre vis-à-vis du parquet - mais qui suit tout de même bien souvent ses réquisitions -, qui dira dans les semaines à venir ce qu'il décide : soit il suit les arguments du parquet et rend une ordonnance de non-lieu ; soit il renvoie devant une cour d'assises toutes ou certaines des personnes mises en examen, parce qu'il juge la démonstration insuffisamment convaincante, ou parce qu'il préfère qu'une cour composée de juges et de jurés tranche.
Peut-il y avoir des recours ?
Là aussi, tout dépendra de la voie choisie par le juge. C'est sur lui que pèse une décision dont l'argumentation sera disséquée par la presse, l'opinion publique, le monde médical et politique. Tous ces observateurs ont suivi pas à pas un dossier qui, pour être une affaire individuelle, fait aussi figure de procès de l'euthanasie. Au juge d'instruction donc de voir si les preuves de culpabilité sont suffisantes ou s'il y a doute, en se fondant sur les autopsies, interrogatoires et autres rapports de sommités médicales. Si le juge prend une ordonnance de non-lieu, toute poursuite est terminée, l'affaire est close et le dossier sera alors refermé.
Car les seules personnes pouvant faire appel sont les mis en examen, par nature satisfaits d'un non-lieu, et le parquet, qui a demandé ce non-lieu. Aucune association militant par exemple contre l'euthanasie ne peut faire appel, puisqu'il n'y a dans ce dossier aucune constitution de parties civiles, autrement dit aucune association ni représentant des victimes. En revanche, si le juge d'instruction ne suit pas l'argumentation du procureur et décide de renvoyer l'affaire vers une cour d'assises, les personnes mises en examen, et éventuellement le parquet, pourront faire appel devant la chambre de l'instruction, voire ensuite devant la Cour de cassation. Et ce sont ces cours qui décideront en dernier ressort si le dossier doit être soumis à une cour d'assises.
Précédents judiciaires
Peu d'affaires d'euthanasie font l'objet de poursuites, faute de plaintes ou à cause de la prudence du parquet. De même, le conseil de l'Ordre des médecins est rarement sollicité pour ce genre de dossier. Il existe tout de même quelques précédents judiciaires depuis quinze ans à l'affaire Humbert .
En 2005, le docteur Joël de Bourayne bénéficie d'un non-lieu. Il était poursuivi depuis 2000 pour «assassinat» de neuf de ses patients dans une clinique de Saclay (Essonne). Selon le juge d'instruction, le médecin a respecté le code de déontologie médicale en administrant des substances susceptibles d'être létales. La même année, Fabrice Guyon est condamné à six mois de prison ferme par les assises de Seine-et-Marne pour avoir étouffé son grand-père grabataire.
En 2003, Christine Malèvre est condamnée à 12 ans de réclusion criminelle par les assises de Paris, pour l'assassinat de six de ses patients quand elle était infirmière à Mantes-la-Jolie (Yvelines). La même année, Elie Bendayan est condamné à deux ans de prison avec sursis par les assises du Vaucluse pour avoir tué sa femme atteinte de la maladie d'Alzheimer.
En 1998, le docteur Jean-Pierre Duffaut n'est pas poursuivi par la justice, alors qu'il a mis fin à la vie d'une malade âgée dans le coma à Sévérac-le-Chateau (Aveyron). Le procureur saisit toutefois le conseil régional de l'Ordre des médecins de Midi-Pyrénées, qui prononce une relaxe. En 2000, après appel du procureur, le docteur Duffaut est suspendu pendant un an, par le conseil national de l'Ordre pour avoir «exécuté un acte d'euthanasie active contraire au code de déontologie».
En 1990, le docteur Léon Schwartzenberg est suspendu un an par le conseil de l'Ordre des médecins de l'Essonne, pour avoir avoué dans une interview avoir aidé un malade à mourir. Confirmée en appel, la sanction est annulée en 1993 par le Conseil d'État pour vice de procédure.
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La Croix - Marianne GOMEZ et Marie-Françoise MASSON - 02/01/2006
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