Le Mardi 6 mars 2018 - 09:58

Une Bourbonnaise raconte le suicide assisté de son mari : "Il est parti en souriant" - La Montagne

Jeanne B. a accompagné son mari en Suisse où il a pu mettre fin à ses jours […]

ADMD

 

Atteint de trois cancers, au cerveau, aux poumons et aux intestins, André B., 87 ans, a choisi de refuser la radiothérapie et la chimiothérapie, comme l’autorise la révision de la loi Léonetti, promulguée le 2 février 2016.

Il voulait regagner son domicile, à Lurcy-Lévis où il est devenu résident de l’Ehpad, le 24 août 2017. « Mais plus les jours passaient, plus il s’affaiblissait. Il devenait très dépendant, il ne pouvait plus marcher puis il a perdu la vue. Il disait “je ne vis pas, je veux mourir”. Il le disait à plein de gens », se souvient Jeanne B. Son épouse l'a conduit en Suisse, le 18 janvier 2018.

« L’accueil a été chaleureux, hors du commun. Tout était prêt pour recevoir le malade. Sachant que cela se passe dans un endroit dédié, géré par l’association, et pas en milieu hospitalier. Café en arrivant. Déjeuner à midi. Cette réception ne ressemblait pas à un voyage vers la mort. André a ressenti un bien-être. »

« Ça a été un moment merveilleux, libératoire »

Jeanne B.
à propos du suicide assisté de son mari

« Après des mois de souffrance, ça a été un moment merveilleux, libératoire. Ce sont tous des bénévoles, même les médecins. Car le suicide assisté ne doit pas être un acte marchand. D’ailleurs, on n’a pas le droit de citer leur nom car il ne faut pas de publicité. Ils ont même lavé et repassé ses vêtements pour qu’il parte proprement ! Le personnel demande une dernière fois, “êtes-vous sûr ?”.

Il a dit “Plus que jamais !” Comme il s’agit d’un suicide assisté, c’est à la personne de boire la boisson létale ou d’appuyer sur le bouton de l’injection en cas de handicap comme mon mari. Ça a duré moins d’une minute. »

Jeanne B. ne se sent pas coupable. « Pourquoi le devrais-je ? C’était son désir. J’ai vu mourir mon père d’un cancer du poumon, je l’ai entendu mourir, c’était l’horreur. Là, André était apaisé. Il est parti en souriant. Je ne l’avais pas vu sourire depuis des mois ! On a déjeuné ensemble, bu un petit verre, pris une photo. Il nous a dit au revoir. »

Réaction de Jacques Missonnier, délégué départemental de l'ADMD 

« L’histoire d’André  et Jeanne B.  est l’illustration locale d’un phénomène national. On meurt mal en France ! Comme le démontre l’étude MAHO (Mort à l’hôpital)  de l’Inspection générale des affaires sociales, publiée en 2009, plus de la moitié des Français meurent en établissement de soins, or la prise en charge de la mort ne fait pas partie de leurs missions. La mort  est vécue comme une incongruité, un échec,  et à ce titre largement occultée.

Seulement 35 % des décès se déroulent dans des conditions acceptables : la plupart du temps, on meurt seul, la nuit. L’Association pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD)  place beaucoup d’espoir dans la proposition de loi formulée par le député Jean-Louis Touraine et qui doit être étudiée fin 2018 ou début 2019. Nous espérons que le vote des députés transcendera les partis. »

Le site de la Montagne

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