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De terribles combats pour quitter la vie
 

Avec la force du désespoir qui les taraude, certains malades, entièrement dépendants d'autrui et menant une existence qui n'en est plus une à leurs yeux, sont contraints à de difficiles combats pour quitter la vie.

A l'hôpital de Berck, le jeune Vincent Humbert, devenu à vingt ans, après un accident de la route, tétraplégique, muet et aveugle, ne communiquant plus avec sa mère que par la pression d'un pouce, attendait de pouvoir quitter ce corps qui, depuis trois ans, ne lui permettait plus aucune vie jugée par lui digne de ce nom. « Vincent n'a plus envie de vivre ce calvaire et je comprends sa décision » expliquait sa mère en se rendant à l'Elysée plaider la cause de son fils devant le Président de la République. Vincent lui avait adressé une supplique qui, dans son esprit, était celle de la dernière chance. « Qu'il reprenne goût à la vie, c'est un ordre présidentiel » lui a-t-il répondu ! Par amour de son fils, sa mère l'a aidé à mourir malgré la loi, le 24 septembre 2003, alors que paraissait le cri de Vincent dans un livre dicté à un journaliste par le seul biais de son pouce : « Je vous demande le droit de mourir *».

« Ce soir-là, et parce qu'elle voyait bien que de toute façon j'étais déterminé, elle a pris conscience de la gravité de mon choix. Elle s'est, j'en suis sûr puisqu'elle me l'a confié, mise à penser comme moi, à se mettre à ma place, à avoir mon langage. Et moi, quand je lui communiquais mes mots, quand elle m'énonçait l'alphabet, j'appuyais plus fort que d'habitude. Ce n'était pas des paroles en l'air, je voulais que la pression de mon pouce sur sa main souligne l'importance de mes phrases Je voulais lui transmettre avec la plus grande exactitude et la plus grande sincérité ce que j'avais à lui dire, pour qu'elle comprenne, pour que j'arrive à la convaincre que ma solution était la meilleure *.»

Les démarches judiciaires de Diane Pretty pour être aidée à mourir par son mari sans qu'il encourre une peine de quatorze ans de prison ont suscité une grande émotion en Europe. Condamnée à mourir étouffée par une maladie neuro-dégénérative, cette Anglaise de 41 ans a interpellé, de son fauteuil roulant sur lequel était installé un ordinateur lui permettant de s'exprimer, toutes les juridictions du Royaume-Uni et jusqu'à la Cour européenne des droits de l'homme afin de plaider sa cause. En vain. Elle s'est éteinte le 22 avril 2002, sans mourir dans les conditions de dignité pour lesquelles elle s'était battue, jusqu'à ses dernières forces.

« Lorsque je suis seul je n'ai plus, malgré la kiné respiratoire, la force d'extirper de mes poumons les sécrétions qui y stagnent » écrivait le belge Jean-Marie Lorand, quinquagénaire atteint de la maladie de Charcot, qui ne disposait plus que de la mobilité de deux doigts pour, clic de souris après clic de souris, se servir d'un clavier virtuel.**

« La mort me guette et certaines nuits sont des enfers. Ne soyez pas horrifiés, c'est mon ordinaire. Un jour pas très lointain, je le sais et mon médecin aussi, je mourrai étouffé, noyé dans mes propres sécrétions. Comprenez-vous cela ? Pouvez-vous comprendre l'atrocité d'une telle attente ? Aurez-vous le courage de vous imaginer à ma place ? Ou d'imaginer ainsi l'un de ceux que vous aimez ? Je n'ose croire que vous puissiez, en âme et conscience, me refuser le droit de partir dans la dignité et la paix retrouvée. Dois-je supplier de me laisser partir avec la seule noblesse qui me reste. Celle de l'esprit . »

Après des années d'appels à l'aide, Jean-Marie Lorand a fini par trouver un médecin compatissant qui a accepté de prendre la responsabilité de l'aider à quitter la vie comme il l'espérait, dans le calme et la sérénité.

Une tête vivante dans un corps mort ! Tout comme Ramon Sampedro qui vivait en Espagne et qui, vingt-quatre ans durant, a rêvé de la liberté que lui procurerait sa mort. Chutant d'une falaise, le choc de sa tête contre le sable provoque une fracture des cervicales. A l'âge de vingt-neuf ans, ce marin-pêcheur se retrouve tétraplégique, ne conservant que l'usage de la bouche, avec laquelle il apprend à manier un stylo.

« Au fil des années, j'ai compris comment je pourrais mourir dignement et humainement -par l'euthanasie- mais un de mes proches non seulement refuse de m'aider mais menace même d'alerter la justice. Las de tant d'hypocrisie et de mesquinerie, j'ai décidé de porter l'affaire devant les tribunaux pour qu'ils me disent si la personne qui me viendrait en aide encourrait un châtiment ».***

Après d'innombrables renvois judiciaires, désespérant d'obtenir une réponse légale, Ramon Sampedro a pu se donner la mort à cinquante trois ans en absorbant du cyanure grâce à l'aide de plusieurs de ses proches. Onze exactement, afin que les responsabilités pénales soient réparties.

Depuis, l'Espagne a modifié sa législation. L'euthanasie n'est plus sanctionnée comme un crime mais comme un délit, passible d'une peine maximale de cinq ans.

_______________
*Vincent Humbert, propos recueillis par Frédéric Veille, Ed. Michel Lafon, septembre 2003
**Jean-Marie Lorand, Aidez-moi à mourir, Castells/Labor, Paris/Bruxelles, 2000 - Ma dernière liberté, Castells/Labor, Paris/Bruxelles, 2001
*** Ramon Sampedro, Mourir de vivre, Ramsay, Paris, 1997
 
   
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